jeudi 21 juin 2012

Je, tu, il


 Voici la nouvelle qui m'a valu de gagner le deuxième concours de "Poesie ohne Rückkehr". Le thème était le poème de Till Lindemann "Ich habe dich im Traum gesehen".
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.





« Mr Lindemann ?
- Oui ?
- Je peux prendre une photo avec vous ?
- Non, pas de photo. »
Le jeune homme repart un peu dépité mais je m’en fous. C’est déjà un effort surhumain pour moi de venir faire une dédicace pour mon bouquin, d’être seul face à une bande de fanatiques qui me regarde comme une bête de foire. La plupart du temps je ne les regarde même pas, je prends le Messer qu’ils me tendent et le signe en écoutant leurs jérémiades.

« Merci pour tout ce que vous faites Till. Vous avez un talent extraordinaire.
- Merci mademoiselle.
- Vos poèmes sont magnifiques. Les textes de vos chansons aussi ! »
Je relève la tête, regarde cette fille et vois qu’elle n’est pas prête à s’éloigner de moi. Elle me regarde comme si j’étais le Saint Graal et ne cache pas son désir de se jeter sur moi. Elle doit avoir quoi, 20 ans ? Malgré mon habitude de me faire aguicher par des jeunes filles qui ont la moitié de mon âge, je trouve ça toujours assez perturbant. Quand j’avais 20 ans je n’avais pas de succès avec les nanas, et maintenant 25 ans après, je peux avoir les plus jolies filles du monde juste parce que je suis « célèbre » dans mon milieu. Bon, soyons honnête, c’est loin d’être désagréable… Mais ça a un côté frustrant.
 Je tente de lui faire un sourire pour qu’elle me lâche un peu et qu’elle s’en aille sans en demander plus.
« -Je peux prendre une photo ?
- Non, pas de photo, désolé. »

Mais qu’est-ce qui m’a pris d’accepter de faire cette dédicace ? Les fans sont vraiment désespérants. Je suis sûr que sur tous ceux venus ici aujourd’hui, seulement la moitié d’entre eux liront ce bouquin en entier, et parmi eux seuls le quart comprendront mes poèmes.
Je continue mes signatures nonchalamment en comptant les minutes et en supportant les flashs qui arrivent d’un peu partout. Jusqu’à ce qu’une voix me fasse sortir de ma léthargie.
« Alors, on s’est mis à la poésie ? »

Cette voix… Je la reconnaitrais entre mille. Presque vingt ans que je ne l’ai pas entendue et pourtant je n’ai pas besoin de lever les yeux pour savoir qui est en face de moi. Mon cœur s’emballe à cette idée et lentement mes yeux se redressent pour contempler le visage d’Hélène.

« Salut Till. Ca fait un bail, hein ?
- Qu’est-ce que tu fais là ?
- Chouette accueil.
- Tu ne peux pas me reprocher d’être surpris.
- J’ai lu ton bouquin. Je te suis un peu tu sais. Tu es devenu populaire, c’est bien. Je suis fière de toi.
- … Comment vas-tu ?
- Je vais bien. J’ai longtemps hésité avant de venir te voir.
- Pourquoi tu es venue ?
- Il le fallait bien un jour où l’autre… Après tout, on est toujours mariés.
- Tu veux qu’on se voie quand j’aurais fini ?
- Avec plaisir oui. Je pense qu’on a des choses à se dire.
- Attends moi au café d’en face. J’ai bientôt terminé.
- Entendu. A tout à l’heure. »

La voir s’éloigner me fait un pincement au cœur. Hélène… C’est incroyable que cette femme réapparaisse dans ma vie aujourd’hui. Je regarde sa silhouette mince bouger au rythme de ses pas. Sa démarche est assurée et ses cheveux bruns tombent en cascade sur son dos. J’ai envie de la suivre sans attendre, cette petite fée mystérieuse. Ma femme.

«  Till ?
- Oui… »

Ce qui m’énerve encore plus avec ces rencontres avec les fans c’est qu’ils se sentent obligés de m’appeler par mon prénom. Comme si on se connaissait depuis toujours, comme si on était potes. Ils pensent me connaitre parce que je suis connu, comment peut-on autant se tromper ?
Encore une grosse demi-heure à griffonner mon nom sur des pages presque blanches. Le temps est long mais c’est pour la bonne cause parait-il. Je ne sais pas… C’est ce que dit mon éditeur.
Mes derniers admirateurs s’en vont, raccompagné par les agents de sécurité de la librairie, et me laissent enfin libres de mes mouvements. Je file prendre une veste, salue mes hôtes, et cours de l’autre côté de la rue.
Je pousse la porte du café et mes yeux la trouvent immédiatement. Sans un mot je m’approche et m’assois en face d’elle. Je la contemple en silence, elle sourit. Elle n’a pas changé. Ses cheveux sont plus longs, leur coupe est plus soignée, mais quelques mèches se débattent encore, symbole d’un passé de débauche qu’elle semble ne pas avoir oublié. Ses lèvres rouge pale, étirées en un sourire délicieux, me replongent dans ma jeunesse oubliée et mon cœur semble prendre de l’allure.
Ses yeux fixent mon visage, mes cicatrices, mes rides, mes cheveux très courts qui grisonnent et je me sens vieux. Pourtant, son regard brille comme lorsqu’elle me trouvait beau.
Encore une minute s’écoule sans qu’aucune parole ne vienne perturber cet instant ; Mais Hélène finit par ouvrir la bouche et prononcer une phrase que je ne comprends pas de suite.
  
«  Je suis contente d’être publiée.
- Publiée ? »

Ses yeux malicieux que quelques petites rides étaient venues entourer se posèrent sur le Messer qu’elle avait mis en face de moi. Ses mains aux ongles rouge cuivré vinrent tourner les pages du recueil pour s’arrêter à la numéro 12.
Ich habe dich im Traum gesehen.
Et alors, tout me revient en mémoire.








Il est étrange de se dire que tout peut basculer en une nuit. Que la personne à laquelle on avait juré fidélité et amour jusqu’à la fin de nos jours peut filer en douce pour ne plus jamais revenir.
Il est étrange de ne plus croire en la personne aimée.
Tellement étrange qu’en trois ans de mariage, cette idée ne m’avait jamais traversé l’esprit. Et pourtant…

Au fond de mon lit, dans mes draps en coton usés, je sortis lentement de mon sommeil et tendis machinalement le bras vers l’être aimé. Mais à la place d’un corps chaud à la peau douce, c’est un espace vide et froid que ma main vint découvrir. J’ouvris les yeux et elle n’était pas là. Je regardai le réveil qui indiquait 8h30. Où était-elle ? Partie préparer le café ? Chercher les croissants ? Courir un peu ?
Je me retournai dans le lit et tentai de retrouver le sommeil : les grasses matinées se faisaient rares en ce moment. Malheureusement, seul, j’avais du mal à retrouver le chemin de Morphée et au bout de quelques minutes à ruminer dans mon coin je perdis patience et me levai mollement, énervé de savoir que ce n’était pas non plus ce matin que je pourrais rattraper mon sommeil en retard.
Je trainai les pieds jusqu’à la cuisine où je me fis couler un long café noir, et allumai la radio pour entendre les nouvelles du jour. Cela faisait à peine quelques mois que le mur de Berlin était tombé et il me fallait un certain temps d’adaptation pour me rendre compte de ce qu’il s’était passé dans le monde durant ces dernières décennies. 
Je m’affalai sur le canapé du salon et posai ma tasse sur la table basse avant de remarquer que sur celle-ci se trouvait une petite boite interdite que je connaissais bien. La curiosité me piqua et je m’interrogeai : Qu’est-ce qu’elle faisait là ? Pourquoi ? Et où était Hélène ? Je me relevai de mon canapé et la cherchai dans toutes les pièces, en vain. Dehors, sa voiture n’était plus dans la rue, et je commençais à m’inquiéter. De retour dans le salon mes yeux se reposèrent sur la boite rouge.
Ce petit coffre renfermait tout ce qu’Hélène n’avait jamais voulu me dévoiler depuis notre rencontre. Dedans se cachaient des poèmes qu’elle avait écrit au fur et à mesure de sa vie, avant et après notre rencontre. Elle disait y avoir dévoilé son âme et découvert sa folie. Mais jamais elle ne m’avait laissé les lires. Il faut dire que je n’avais pas une âme de poète et que je m’étais toujours moqué de ce genre d’écriture, préférant de loin les récits francs sans métaphores et rimes idiotes. Mais elle savait que j’aurais aimé lire ses poèmes et c’est probablement pour cette raison qu’elle les avait laissés à découvert aujourd’hui.

Je m’approchai, hésitai un peu. Je m’installai à nouveau sur le canapé et terminai mon café d’un air nonchalant, écoutant d’abord la fin des informations avant de me repencher sur cette petite boite rouge. Je l’ouvris sans peine et attrapai le premier poème. L’écriture était soignée et l’encre était un peu abimée, il devait dater de quelques années.

« L’ombre d’une fleur tu es
 La fleur, elle, est bien cachée
Mais l’ombre est bien plus visible
Et je demeure invisible. »

Seulement quatre vers mais ils me troublèrent un peu. Je continuai dans mes lectures et découvris de nombreux poèmes à base de « Tu » et de « je ». Quelques « nous » de temps en temps, mais je ne parvins pas à comprendre de qui il s’agissait, à qui elle s’adressait. Au bout d’une vingtaine de poèmes, un, simplement nommé « Toi et moi » vint éclaircir mes pensées.

« Tu es l’extérieur aguicheur
Qui jamais des autres n’a peur
Autour de toi on te nomme belle, rebelle,
Au fond se cache une vérité cruelle

Je suis l’être peureux,
Le vrai qui tremble un peu
A l’idée de me montrer sous un jour nouveau
Quand le courage viendra de te faire ce cadeau,

Alors, toi et moi vivrons en harmonie
Une unique personne pour la vie. »

Ce texte me frappa de plein fouet, mais je dus le relire plusieurs fois avant d’admettre son sens : Ma femme, schizophrène ? Non… Non. C’était juste des poèmes…
Je rangeai celui-ci dans un coin et pris le prochain entre mes doigts. Il s’intitulait « deux en un ». Je ne pris même pas la peine de le lire et attrapait le suivant, puis le suivant, puis un autre et encore un.
Tous relataient la double personnalité de mon épouse. « Tu » était la personne qu’elle semblait être au regard du monde extérieur, et le « je » était la personne nichée au fond d’elle et qui n’aspirait qu’à sortir. Puis vint le «Il »… Moi.

« Depuis son arrivée dans notre vie,
Nous avons une troisième compagnie
Homme solide aux épaules larges
Plutôt drôle, au fond un peu barge

Il t’aime sans t’en demander plus
Son affection est un virus           
Il monopolise ton esprit,
Comme moi jadis au fond de ton lit

Je dois avouer, non sans mal
Qu’il te plait cet animal
Dans ses bras tu te complais
Et ainsi je disparais. »

Je passai aux textes suivants et constatai avec une pointe de gêne que le « je » avait disparu de ses poèmes dès lors que j’étais entré dans sa vie. Je l’avais changée.
Je ne savais pas comment je devais le prendre, je pensais que l’avoir guéri de sa schizophrénie était une bonne chose, mais au fond de moi je sentais une pointe de crainte prendre le dessus. Avais-je vraiment été un vaccin ?
Je continuai ma lecture, persuadé de trouver la réponse noire sur blanc dans les feuilles suivantes, mais rien. Uniquement des poèmes à base de « il » et de «tu ».
Je fus forcé de constater un peu malgré moi que la deuxième personne était toujours présente et n’était pas devenue « je » comme on aurait pu s’y attendre si la personnalité d’Hélène était redevenue stable et unique.

J’enchainais les poèmes et bientôt j’eu le dernier en main. Il était daté de plus d’un an auparavant et je ressentis une certaine frustration qu’il n’ait pas été plus récent. De plus il était assez banal, dans la lignée des autres. Il racontait notre vie de jeunes mariés et une certaine nostalgie émanait de ces vers.
Je rangeais la centaine de papiers dans la petite boite rouge en prenant soin de les laisser dans l’ordre, et me levai pour attendre ma femme qui commençait à me manquer douloureusement.
L’heure tournait et la patience me manquait, je faisais les cents pas, sortais, rentrais, me baladais d’un coin à l’autre de la maison. Je décidai de prendre une douche pour me calmer un peu, puis traversai ma chambre, une serviette autour de la taille, pour ouvrir mon dressing et choisir une tenue qu’Hélène affectionnait particulièrement. Sauf que mon cœur s’arrêta avant que je ne la trouve.
Dans le placard, la moitié des affaires manquait. Les vêtements de ma femme, ainsi que la grande valise que sa mère lui avait offerte pour notre voyage de noces.
Hélène était partie.
Sans bruit, dans la nuit, ma femme m’avait quitté.

Je me laissai tomber sur le lit et c’est à cet instant que je remarquai un petit papier, semblable à ceux de la boite rouge, posé sur la table de nuit.
Je le pris et lu le dernier poème qu’elle m’ait laissé – le dernier qu’elle ait écrit et, dans un style complètement différent, de loin le meilleur. Le « je » était de retour.

« Je t’ai aperçu en rêve
par une nuit claire sur mon lit dur
je me débattais avec ce mauvais rêve
mes lourdes semelles étaient de plomb
l’être m’incitant la peur me frôle rapidement
et mûri en envie, il devient fou
interpelant toutes les bonnes femmes par ton nom
et je ne me réveille plus
pourquoi la Terre s’affaisse t-elle ?
mes doigts se crispent dans la boue
quand il m’envoie vigoureusement
son pied dans la figure
L’épuisement me scie les doigts
il m’enfonce violemment les côtes
m’arrache un tressaillement des lèvres
ligoté à un reste de vie
il me jette des miettes de pitié en pâture
il me domine victorieusement
rit et me parle de toi
lorsque toute jeune encore
tu étais à l’autel
et t’unissais à lui devant mes yeux
dire que je pensais que tu m’attendrais
je sors de ce sommeil si perturbé
regrettant de ne pas être mort pendant ce rêve »










« Je suis désolée d’être partie sans rien dire.
- Si j’avais été un bon mari, tu ne serais pas partie. Tu n’aurais pas eu… peur de moi.
- Tu crois qu’il s’agit de ça ?
- C’est assez explicite non ? « l’être m’incitant la peur me frôle rapidement, et mûri en envie, il devient fou, interpelant toutes les bonnes femmes par ton nom… » « il me domine victorieusement, rit et me parle de toi, lorsque toute jeune encore tu étais à l’autel et t’unissais à lui devant mes yeux »…  Je te faisais peur.
- Tu terrifiais une partie de moi seulement. J’étais malade, tu dois le savoir maintenant. Tu as été un remède durant plusieurs années, j’étais bien avec toi. Et puis la maladie a fini par l’emporter. C’est pour ça que je suis partie. Je suis désolée.
- Ne t’en fais pas pour ça… »

Cela faisait des années que j’en rêvais. Des années que je souhaitais revoir Hélène pour lui balancer tout ce que j’avais sur le cœur et lui faire autant de mal qu’elle avait pu m’en faire. Des années que la douleur de cet amour n’attendait qu’à être violemment expulsée au visage de celle qui en était responsable. Mais maintenant qu’elle était là, en face de moi, les yeux levés vers les miens et un demi-sourire sur ses lèvres, je ne souhaitais plus qu’une chose : la prendre dans mes bras.

mardi 13 mars 2012

Bercy, 6 et 7 mars 2012.


A la base, je ne devais pas faire ces concerts. Quand la mise en vente des places pour le concert de Strasbourg à eu lieu, j’ai craqué mais je me disais que s’ils passaient à Paris ensuite, je n’irais pas.
Effectivement, quelques temps après les dates pour Bercy les 6 et 7 mars ont été confirmées, et avec, la certitude que parmi mes amies Rammsteiniennes je serais une des seules à ne pas faire ces dates là – mais je m’étais faite à l’idée. 
Après le show de Strasbourg le premier décembre 2011, je continuais à me dire que non, que j’avais vécu une fois de plus un super concert mais que désormais je devais me focaliser sur le fait de trouver un job et oublier un peu Rammstein et tout ce qui va avec. C’était sans compter mon esprit têtu et lunatique. Quand j’ai appris que des places allaient être remises en vente pour le 6 et 7 mars je n’ai même pas hésité une seconde et j’ai couru à la fnac la plus proche à 10h du matin. Je n’ai acheté qu’un billet pour le 6, me disant que si d’ici là j’avais trouvé un travail et que je ne pouvais pas aller au concert, je pourrais toujours le revendre. Par conséquent je n’avais pas trop mauvaise conscience.
Quelques semaines plus tard cependant, je n’avais toujours pas trouvé de boulot et je m’étais dis que cette année encore j’allais travailler au camping et que du coup j’aurais encore mon mois de mars pour faire ce concert – et éventuellement d’autres. Sauf que quand j’ai passé mon entretien à Poitiers et que j’ai été prise, une des premières choses auxquelles j’ai pensé est « merde, je ne pourrais pas aller voir Rammstein !! » Incorrigible…

Je me suis donc dis que si ma vie prenait un nouveau tournant, je tenterais quand même tant bien que mal de faire suivre mon fanatisme là où j’irais. Et c’est ce que j’ai fais. Deux semaines après mon arrivée à l’hôtel (où je travaille) j’ai demandé à ma chef si je pouvais avoir mon mardi 6, et éventuellement mon mercredi 7, au moins le matin pour pouvoir revenir de Paris tranquillement. Comme elle avait déjà fait les plannings, elle n’a pas voulu changer trop de choses et a simplement rajouté le 6 à mes jours de repos de la semaine alors qu’elle m’avait déjà donné le 7 et le 8. Par conséquent je me retrouvais donc avec 3 jours de repos pour les deux dates de Bercy. Une demi-heure plus tard j’avais déjà trouvé une place pour le 7 sur le net. Et j’étais euphorique.


A 4h30 du matin ce mardi 6-là, après environ 4h de sommeil, je me levai et commençais à réaliser… Que j’allais revoir les hommes de ma vie. Rammstein, ou le groupe qui agit sur moi comme un moteur électrique. Se lever en sachant qu’on va les voir en concert le soir même, c’est comme se lever en se disant qu’aujourd’hui on a un rencard avec l’homme qui nous fait vibrer depuis des mois tout en sachant que ça se finira au pieu. Rammstein en concert c’est 2h de jouissance.

Je suis arrivée dans la file de Bercy en même temps que Ludi, vers 8h50, et il y avait déjà du monde… pas mal de monde. Heureusement, Juliette et Elisabeth attendaient déjà depuis deux heures et on a pu avoir une meilleure place grâce à elle. La température de la foule était déjà différente de deux ans auparavant : je me souviens du 8 décembre 2009, il y avait moitié moins de monde à la même heure et personne ne rechignait à nous laisser passer pour qu’on rejoigne nos amis ; ce qui fut très différent mardi.
On a donc commencé à « s’installer » devant Bercy et à attendre… des heures… Les mecs qui attendaient avec nous me rappelaient le groupe de mecs de 2009 et je me suis dis que les clichés existaient bel et bien. Ages : plus ou moins le mien ; Mentalités : 16 ans ; Humour : bite et couilles. Bref, c’était loooooooooooong. Rajoutez à ça une pluie qui commence à tomber et un froid qui vous glace les mains et les pieds… Et on se sent terriblement con de faire partie de ce groupe de gens près à affronter tout ça pour avoir une bonne place pendant le show. Vers midi et demi quand la pluie devient plus forte je décide qu’il est temps de prendre une pause café bien méritée, et voilà que je quitte les rangs avec Ludi.
Nous voilà donc arrivée dans le café qui nous avait accueilli en 2009, sauf que cette fois-ci ils ne passent pas le Live aus Berlin… Mais le patron est sympa et il n’y a pas beaucoup de monde. Du coup, on mange, on boit (pas de café finalement, mais une Leffe pour moi) et ¾ d’heure plus tard voilà que Marine, sa mère, sa sœur, et Aurélie (enfin pour moi l’occasion de la rencontrer !) nous rejoignent pour boire un verre, mais le temps commence à presser et on ne reste pas longtemps avec elles, malheureusement. D’un autre côté, ce n’est jamais bien évident d’avoir des conversations « de filles » avec la famille de Marine à côté. Mais ce n’est que partie remise j’espère !
Sur le chemin du retour on croise Camille, une amie que j’avais rencontré lors du concert de Berlin et que j’avais revu à Strasbourg. C’est toujours plaisant de se dire que les concerts de Rammstein nous permettent de (re)voir certaines personnes qu’on apprécie.

On retourne donc dans la foule et le froid, plus en forme que le matin, on discute avec quelques personnes sympa rencontrées sur place, et le temps passe… lentement…mais il passe.
Arrive 18h15 et les portes finissent par s’ouvrir, du coup on court, et là on se retrouve face à l’organisation la plus pourrie de l’histoire de Bercy : il y a deux rangs de passage pour les mecs, et un pour les filles. De plus, le mec qui s’occupe du passage des filles a décidé de prendre tout son temps parce qu’il n’aime pas les gens qui poussent, même s’ils sont à 5 mètres. Alors il nous fait la morale le temps que les autres aient le temps de passer dans les autres rangs d’entrée et d’aller envahir la fosse de Bercy. Résultat : quand arrive notre tour d’entrer dans la salle de concert, le premier rang est déjà plein, et le deuxième est en phase de l’être. J’arrive quand même à trouver une place en face de Paul, à ma place habituelle, mais au deuxième rang, ce qui ne me plait pas du tout. En plus de ça j’ai perdu les autres filles de vue, je ferais donc le concert seule… ce n’étais pas vraiment ce que j’avais espéré. Mais soit. Je me fais à l’idée. Bercy se remplit pendant qu’une fois de plus, nous attendons. Je calle mon sac entre mes pieds et noue mon manteau autour de ma taille (oui, il était interdit de les poser sur les barrières… Ce que j’avais pourtant toujours fait jusqu’à présent…).

20h. Voilà Deathstars. Première chanson : j’ai une soudaine envie de tuer tout le monde. Le blond aux cheveux longs à ma droite semble sous extasy, il pogotte déjà comme si on était en plein refrain de DRSG, me défonçant l’épaule et me poussant contre ma voisine. Les chansons passent et j’ai l’impression d’être en plein sur une barrière metaleuse, à ma droite les chevelus bondissent dans tous les sens, à ma gauche les gens s’imprègnent doucement de la musique. Certains me regardent lutter avec mon voisin, et la fille de devant moi se retourne même pour me demander si ça va, ce à quoi je réponds bien évidemment « non, il va falloir que je change de place sinon je vais mourir ». Après Deathstars donc, je demande à ma voisine de gauche si je peux me décaler et aller plus vers le côté. Vu que ça la fait se rapprocher du centre de la scène, elle accepte avec un grand sourire. Je me décale donc (difficilement, ça va de soi) mais ne parviens jamais à trouver une bonne place d’où je vois la scène et où je pense que je serais tranquille pendant le show. Finalement j’arrive au milieu d’un groupe de gens plutôt cool mais je ne vois pas super bien la scène, et je ne sais pas… J’ai un mauvais pressentiment. Du coup, 5 minutes plus tard je finis par demander au vigile si je peux rejoindre les gradins, ce à quoi il répond bien évidemment « Non, ou alors il faut faire tout le tour ». Et traverser la fosse ? Et risquer de louper le début du show ? J’hésite. Je me dirige quand même sur le côté, et là, miracle !! Un trou d’environ 5m² avec presque personne et une bonne vue sur la scène. Je bouge plus.

Les lumières s’éteignent, Rammstein arrive…
Je me passerais de commentaires sur la prestation de Rammstein. D’une, il y a eu suffisamment de vidéos prises par des fans qu’on peut retrouver sur youtube, et de deux, Rammstein en live ça se vit, ça ne se raconte pas, sinon on ne serait que très loin de la réalité.
Tout ce que je peux dire, c’est qu’ils étaient en excellente forme. Paul était sans doute moins souriant que d’habitude mais c’était probablement le fait des caméras. Till était merveilleux et la fosse le lui rendait bien.

Je savais que Fruhling in Paris allait être jouée mais je ne savais pas à quel moment. À la place de Mutter ? Non… à la place d’ohne dich ? Non plus… Alors peut-être à la fin, en chanson supplémentaire ? A voir… c’est possible.
Voici venu la présumée dernière chanson, « Pussy ». Un mec qui sent l’alcool à plein narines me passe devant, je recule un peu histoire qu’il ne me gène pas mais il semble justement s’être mis là pour me faire chier… Rapidement, sa main va venir chercher la mienne et comme il ne me regarde pas je me dis connement qu’il doit m’avoir pris pour sa copine. Je lui rebalance sa main vers l’avant et il se retourne en balbutiant un petit « oh, sorry, sorry ». Soit. 10 secondes plus tard, il recommence. Je lui rebalance sa main et même scenario « sorry, sorry ». Je me dis qu’il est bourré et que dans la confusion il a encore du me prendre pour sa copine. Il me fait signe de venir plutôt devant lui et comme j’y verrais mieux ben j’accepte évidemment (surtout qu’à la base il était derrière moi). Sauf que là, il commence à poser ses mains sur mes hanches, sur mon ventre, sur mon épaule… et ça dure jusqu’à ce que Till monte sur son canon à mousse. Bien sur je me débats et lui gueule « stop !! » mais autant parler à un mur (bourré). A un moment il se calme mais quand la mousse surgit alors il vient carrément m’essuyer le visage et les cheveux par des gestes furtifs que je n’ai pas le temps d’éviter. Enfin, la fin de la chanson arrive et il finit par se calmer. Il faut croire que « Pussy » lui avait donné des idées.
Après les dernières notes, le groupe part de la scène mais les lumières de Bercy restent éteintes, or dans mes souvenirs dès la fin du concert les lumières devaient se rallumer, et la foule déguerpir. Alors je me dis que mon instinct avait eu raison et que voici Fruhling in Paris… Oli arrive avec sa basse, et la voix de Till, un brin perverse, fait vibrer tout le monde « Vous voulez encore une chanson ? Aller ! »

A la fin de la chanson, les lumières se rallument et la foule part, se déplaçant uniformément dans la même direction, comme une troupe de pingouins cherchant un point d’eau. Je retrouve Ludi et Elisabeth, qui on été évacuées de la fosse et qui se sont retrouvées tout derrière, et Juliette et Chloé, qui on eu la chance de « survivre au premier rang ». Il est 23h30, j’ai encore une heure de trajet pour rentrer chez ma cousine alors je ne traine pas et prends directement le chemin du métro.


Le mercredi 7 fut différent en beaucoup de points. Déjà, le fait de se réveiller directement à Paris à une heure raisonnable, avec ma cousine à mes côtés, est assez agréable, même si étant donné les circonstances et l’état de mon corps je serais bien restée allongée toute la journée. Vers midi pourtant je sors et prends le chemin du RER pour retourner du côté de Bercy, mais pas au palais omnisport : je vais en premier lieu profiter un peu de l’occasion d’être sur Paris pour aller voir une expo qui ouvre ses portes aujourd’hui : l’exposition sur Tim Burton à la cinémathèque. Malheureusement pour moi qui voulais profiter de cette sortie pour faire une activité « un peu plus au calme » qu’un concert de Rammstein, et bien je déchante vite : il y a beaucoup de monde et les parisiens ne sont pas franchement connus pour leur grande politesse – ni moi pour ma grande patience. L’expo est pleine à craquer et la vue de tout ce monde qui n’hésite pas à bousculer n’importe qui dans son chemin me met mal à l’aise. Je n’aime pas la foule, ça m’oppresse, ça m’énerve, surtout quand elle est aussi peu civilisée. Je me focalise donc sur les choses qui attirent moins de monde, et ça tombe bien étant donné que ce sont les choses que je préfère, moi. Mais en 45 minutes j’ai fais le tour de l’expo, un peu déçu d’avoir été aussi rapide, mais soulagée quelque part d’en avoir fini.
Je pars donc de la cinémathèque et rejoins Aurore dans la queue pour la fosse. On discute rapidement, le temps pour moi de la mettre en garde en lui racontant comment le concert de la veille s’est déroulé.

Je finis cependant par aller rejoindre les filles (Ludi, Juliette et Elisabeth) dans la foule des gradins, vers 14h. Et c’est reparti pour l’attente… la pluie ne va pas tarder à venir tremper nos vêtements et ternir nos humeurs, le temps se fait long, même si on est entre nous et qu’on s’entend bien, même si on se refait une pause café, même si on sait que ça en vaut la peine, il n’empêche que le temps est long jusqu’à l’ouverture des portes.

18h15 arrive enfin et les portes s’ouvrent pour nous laisser passer. On court en essayant de ne pas se casser la gueule (avec la pluie, j’ai un peu peur que ça glisse à l’intérieur) on dévale les marches et on se retrouve au premier rang en face de la petite scène. L’hystérie commence à ma gagner, je me rends compte que je vais savourer ce concert d’un œil neuf, avec une place inhabituelle mais magnifique. On peut s’assoir, déposer nos affaires devant nous, laisser nos manteaux sur nos sièges. Personne ne nous gène et quoi que l’on fasse on a la certitude que notre vision de la scène sera parfaite en toute circonstance. On sait également que l’on vivra ce concert sans bousculades, sans odeur de transpiration, avec une totale liberté de mouvement… On peut également sortir pour aller aux toilettes, ou même aller au merchandising (deux T-Shirt en plus dans ma garde robe) sans être dépassé par la foule. C’est tellement agréable !

On retourne à nos places et Deathstars arrive. On regarde le groupe, tranquillement assises à nos places, et j’apprécie leur prestation bien plus que la veille.
 Entre les deux groupes, avec Ludi nous nous focalisons sur la zone « VIP » en face de nous de l’autre côté des gradins, de là où on est évidemment il est impossible de dire qui est qui, mais on tente quand même… Tiens, elle n’est pas rousse celle-là ? Ce ne serait pas la femme à Paul ? Et celle-ci, ne serait-ce pas Khira ?

21h arrive et nous avons une vue imprenable sur le groupe qui descend des gradins en face de nous, Oli en tête avec sa torche enflammée. Tout comme la veille, des frissons me parcourent le corps à la vue de ces 6 hommes qui viennent attendre sagement que la petite scène sur laquelle ils se tiennent, à quelques mètres pile en face de nous, se lève pour aller rejoindre la passerelle.
Ils sont magnifiques.
Plus le concert avance et plus je me rends compte d’une chose : autre que la situation physique dans laquelle je me trouve, il y a une chose qui diffère dans ce concert par rapport à d’habitude : ma vision du groupe. Pour la première fois, je savoure ce concert pour ce qu’il est, sans me focaliser sur les sourires de Paul ou sur le regard de Till. Je regarde la scène et observe chaque membre avec autant d’intensité (bon… Ok… Till plus que les autres), je me laisse envahir par la musique et l’ambiance, je regarde la fosse qui s’étend à nos pieds et qui bouge en rythme, répondant aux appels de Till sans se faire prier. Cette ambiance collective est incroyable, elle me rend encore plus hystérique que lors de mes concerts précédents.

Lors de Haifisch, Je scrute l’arrivée de Richard sur la petite scène puisque je m’étais toujours demandé comment il arrivait là sans créer l’hystérie générale. En fait, une horde d’agents de la sécurité va le chercher au pied des gradins, lui donne une longue veste à capuche qu’il enfile afin qu’on ne puisse pas le reconnaitre, et il traverse ainsi la fosse, bien entouré et encapuchonné, jusqu’à la petite scène où il se dévêtit (pas entièrement !) à la fin de Haifisch.
C’est la première fois en 5 concerts que j’ai une aussi bonne vue sur lui, et je dois dire que j’adore sa nouvelle coiffure !! Et son corps… enfin bref, j’ai bien bavé quoi.
Viennent Bück dich, Mann gegen Mann et Ohne dich, toujours aussi plaisant à regarder avec cette vue imprenable. Puis ils s’en vont, retraversent la passerelle et saluent en disant qu’ils nous aiment et merci, merci merci merci merci… J’ai toujours le sourire aux oreilles en y repensant une semaine après.
Bien sûr ils reviennent après pour les autres chansons, et c’est au début de Ich will que Till lâche son fameux « suce ma bite », pas très classe, certes, mais de sa part tout devient extrêmement jouissif et je ris en pensant qu’il a certainement du apprendre cette expression dans la journée en se disant « tiens, je vais la sortir pour le concert de ce soir ça sera cool ! »
Le concert s’achève avec d’autres mots français sortis de la bouche de Till ; le « vous voulez encore une chanson ? » de la veille devient « Vous voulez… une chanson de plus ? Bon… D’accord. » comme un enfant hésitant. Bon Dieu ce que j’aime ce type.

Le show se termine et nous ne sommes pas pressées de remonter à l’extérieur du POPB, on reste donc à attendre que la foule s’atténue et on s’amuse à observer le visage des gens de la fosse après le concert. Vers la fin de rangs, avec les membres du staff, on remarque Jonas Akerlund et ses longs cheveux bruns qui se balade l’air de rien.

On fini par remonter et ressortir à l’air frais. Après un peu d’attente pour revoir Aurore, on retrouve le chemin du métro et notre groupe de 4 se sépare là.
Jusqu’au prochain concert…

samedi 3 mars 2012

Amour, Amour...

Voici une nouvelle que j'ai écrite il y a bien longtemps et que j'ai mise en ligne il y a peu sur mon autre blog.




"Réveilles-toi. Réveilles-toi et lèves-toi Victorja. La vie n'est pas si mauvaise et il faut que tu sortes tes fesses de ton lit si tu ne veux pas moisir sous la dépression.
- La vie est une pute. La vie est une salope, une trainée, et elle m'a bien baisée. Avec mon consentement, s'il te plait! Comment j'ai pu croire... comment j'ai pu penser une seconde que...?
- Arrêtes, n'y penses plus. Tu te fais du mal pour rien. Rien n'a changé, sauf ta perception des choses..."


C'est dur. C'est dur un réveil rythmé par un dialogue intérieur qui n'en finit pas. C'est dur de ne plus savoir quoi penser, dur de se rendre compte que l'on s'était trompé sur un sujet que l'on croyait bien connaitre. Ou que l'on voulait croire bien connaitre. J'ai été naïve, je sais. Stupide. Ce n'est pas vraiment étonnant mais la naïveté est souvent mise en relation avec la stupidité. Parce que bien souvent la naïveté est un défaut que l'on se créé pour fermer les yeux sur des évènements que l'on pourrait que trop voir venir. C'est ce que j'ai fait. J'ai voulu fermer les yeux pour goûter au bonheur simple sans me poser de questions. Un peu comme dans ces publicités où un mannequin mange une glace en fermant les yeux et se léchant les lèvres. Elle pourrait manger la sous-sous-sous-marque de cette merde que ça serait pareil: elle ferme les yeux, donc elle veut y croire, donc elle pense qu'elle y croit.

Ma vie, c'est cette pub. Je suis la pimbêche aveugle, et mon cornet de glace à moi, c'est un homme.
Non; pas "un" homme, mais "l'homme". Celui dont toutes les femmes peuvent rêver. Un être au cœur tendre mais à la carrure d'acier. Quelqu'un qui peut être aussi bestial et sauvage que doux et romantique. Un homme qui se dévoile petit-à-petit, écartant sa pudeur comme on écarte le rideau d'une scène de cinéma. Alors, quand on le sent en confiance, quand on le voit nous dire des choses tendres, des choses qui viennent du cœur, quand il vous regarde avec ses yeux de berger allemand qui viendrait se frotter à vous, quand il vous enlace dans ses bras chauds pour vous murmurer que vous lui avez manqué, alors, à ce moment-là, vous pensez que vous aussi, vous êtes unique.

Puis un jour, dans ses peu nombreuses confidences, il vous avoue sans fierté que lui et la fidélité n'ont jamais fait bon ménage. Vous voyez son air penaud, désolé, et sans même qu'il ait besoin de le dire vous vous imaginez sa voix vous promettre que cette fois-ci, puisqu'il est avec vous, il essaiera. Et stupidement, au mieux d'être effrayée par ce genre de déclaration, vous êtes flattée. Flattée qu'il vous confie ces choses aussi peu avouables. Vous vous dites que de ce fait, il vous voit comme un tournant dans sa vie, comme la personne qui peut le faire changer.
Vous vous dites que de toutes les femmes qu'il a connu, vous êtes la première à qui il fait cet effet. La première à qui il dit ça. Vous vous dites toutes ces choses sans vous rendre compte de ce que vous vous cachez. Votre fausse naïveté a pris le dessus; ce qu'il vous dit ne vous suffit pas, pour être heureuse il vous faut croire, lire entre les lignes des choses qui n'existent que pour vous.

Vous savez une chose de par votre expérience personnelle: l'amour, sans la confiance en l'être aimé, n'est qu'une chose blessante et destructrice. Vous ne voulez pas vivre ça. Alors, aveuglément, vous faite confiance: parce que c'est trop tard, vous êtes en train de tomber amoureuse.
Quel bonheur d'avoir des sentiments pour cette personne si spéciale qui vous regarde avec des yeux tendres.
Quel bonheur de se sentir aimée.

Devant le regard de mon homme j'aurais pu faire n'importe quoi. Je ne le lui ai jamais dit, je suis bien trop pudique et les déclarations enflammées ne sont pas mon fort. Et puis cela ne fait que quelques moins que l'on se fréquente... il aurait pu prendre peur lui aussi.
Voilà que je me remets à penser à lui d'une manière tendre... Comme si tout ceci ne changeait rien. Comme si je n'avais pas à reconsidérer l'affection qu'il me porte et sa sincérité.
Peut-on aimer et haïr à la fois?
Vous savez le pire dans cette histoire? C'est que la personne que je déteste le plus en ce moment même ce n'est pas lui: c'est moi. Je me déteste pour m'être cachée l'évidence. Je me déteste pour avoir voulu stupidement jouer à la naïve.


Hier matin, comme tous les matins, j'ai appelé mon homme avant de partir au travail. Cela faisait 15 jours que l'on ne s'était pas vus: ma routine berlinoise ne colle pas vraiment avec sa tournée actuelle. Mon homme fait partit d'un groupe de musique.
A plus de 1000km l'un de l'autres, la seule relation que l'on peut avoir c'est deux coups de fil par jour: un le matin, avant mon travail, et un le soir avant son entrée sur scène.
Hier matin, sa voix était froide et distante... hier soir il n'a pas décroché à mon appel, à 18h tapantes.

Je sais que je n'aurais pas du réagir comme ça... mais qui aurait fait mieux à ma place? La jalousie a pris le dessus, j'ai allumé mon ordinateur et me suis précipitée sur le fan-site tchèque de leur groupe. La République Tchèque, c'est là où le groupe passe en ce moment. Après quelques recherches et quelques traductions via Google, je suis tombée sur ce que je cherchais: des photos de fans. Des jolies et jeunes fans pour être plus précise. Des filles de 10 à 15 ans de moins que moi, qui posaient à moitié seins nus à côté de mon homme dont le regard se plongeait dans leur décolleté et dont la main baladeuse venait se poser sur leur chute de reins... et son sourire, ah, ce sourire que je connais si bien... Je croyais qu'il ne la réservait qu'à moi, cette expression coquine de l'homme prêt à dégainer son attirail.

Rien qu'avec les photos j'avais compris, mais la conversation écrite qui suivait m'a confirmé ce que je redoutais. Une jeune fille dont le pseudo "Xfanz" me bourdonne encore le cerveau, relatait les évènements de la veille. D'après ce que j'ai compris, c'était la brunettes aux mèches rouges er dorées et qui tenait mon homme par les hanches sur les photos. Et selon elle, elle aurait touché plus que ses hanches... inutile de rentrer dans les détails, je sais ce qu'il s'est passé.
J'aurais pu ne pas la croire, j'aurais pu choisir de penser que cette fille mentait pour se donner de l'importance, mais non, un détail de son bref récit n'est pas à écarter: elle a vu la cicatrice que mon homme a sur le haut de sa cuisse. Une cicatrice mince dont il m'a toujours tut l'origine. Mais elle est là, réelle, et "Xfanz" l'a vue.


Et d'un coup, le monde que je m'étais créé s'est effondré. J'ai été forcée d'ouvrir les yeux, de revoir à la baisse l'estime que j'avais de mon couple. Mon homme n'est pas l'homme parfait, et je ne suis pas pour lui l'Unique qui le fera changer. Je suis comme toutes les autres femmes qu'il a eu... je suis un numéro sur la liste de ses "officielles".
J'aimerais savoir que la culpabilité le ronge, j'aimerais pouvoir me dire que c'est à moi qu'il pensait toutes ces fois où il a pu me tromper. Mais je n'y crois pas. Cela fait bien trop longtemps qu'il est ami avec l'infidélité, bien trop longtemps qu'il ne réfléchit pas avant de planter son arme dans n'importe  quelle post-pubère qui passe.

Et voilà comme soudain, les mois passés avec lui me semblent faux. Tout est à reconsidérer. Pourtant je sais, je sais qu'il ne m'a jamais menti, qu'il ne m'a pas caché son infidélité quasi-maladive, que les moments qu'il passait avec moi il se montrait pleinement lui-même. Il reste une chose chez lui en laquelle je crois: il ne peut pas se montrer hypocrite. Il ne sait pas mentir. Quand il est heureux, il le montre, quand il est en colère il ne le cache pas non plus.

Il ne m'a jamais dit qu'il m'aimait, mais ce n'est pas quelque chose qui me manquait jusque là, le regard qu'il pose sur moi me suffisait à être certaine de ses sentiments à mon égard.
Moi non plus je ne les lui ai jamais dits, ces trois petits mots. Il connait l'affection que je lui porte, il sait comment je le considère. Et puis, je n'étais pas sûre de pouvoir les dire. Je veux que ces mots restent magiques, je ne veux pas les prononcer à la légère. Jusqu'à présent, je n'ai dit qu'à deux hommes que je les aimais. Je ne regrette pas de le leur avoir dit puisque je le pensais, mais j'ai attendu d'être certaine de mes sentiments avant de le leur avouer.


Il y a quelque chose qui ne trompe pas avec moi: quand j'aime je deviens stupide. Hier, la naïveté a disparu mais la stupidité est restée. Pourquoi? Tout simplement parce que je n'arrive pas à lui en vouloir. J'ai été rageuse, haineuse, toute la soirée d'hier après ma découverte; mon homme a tenté de m'appeler à deux reprises, comme la coutume veut qu'on se téléphone tous les soirs. Je n'ai pas décroché, je ne voulais pas craquer, je ne voulais pas l'insulter, parce que selon moi, même si l'infidélité est une tare sans nom, c'est moi qui ai fauté. Je lui ai accordé ma confiance en reniant ce qu'il m'avait dit.

Voilà, je sais, je deviens stupide. Il m'a trompé et c'est moi qui m'en veux. Cette idiotie ne signifie qu'une seule chose pour moi : une énorme et malheureuse chose.


Je me passe les mains sur le visage. Il faut que je me lève. Il faut que j'aille travailler. Je dois me ressaisir.
Je jette un coup d'œil à mon réveil : 7h25. Déjà dix minutes que je traine... impossible de faire face.
Mon téléphone sonne, mon cœur se serre... je sais qui c'est, même s'il est en avance par rapport à d'habitude.
Je fini par tendre le bras et attraper mon Iphone, sur lequel son nom est affiché.


«  Vic ? Ca va ma puce ?
-... Un peu fatiguée... je suis encore au lit.
-Fais attention à ne pas être en retard... qu'est-ce qu'il t'arrive ? Tout va bien ?
-... Oui oui... ça va. Ne t'inquiète pas.
-Bon. T'étais où hier soir ? J'ai essayé de t'appeler ...
-Oui, je sais.  J'étais... j'étais avec Karine. Elle est repartie tard, elle n'allait pas très bien.
-Ah, d'accord.
-Comment ça se passe pour toi là-bas ?
-Oh, bien. On enchaine les bons concerts en ce moment, tout se passe relativement bien. Bons accueils... la routine quoi.
-Ah ... Elles sont comment les tchèques ?
-Euh... plutôt fêtardes.
-Jolies ?
-Oui. Hahaha tu ne serais pas en train de devenir jalouse ?
-...
-Victorja ?
-...
-Vic, même si ces filles sont jolies tu sais elles n'ont pas un dixième de l'intérêt que tu as à mes yeux.
-Il faut que je te laisse... Je dois aller me préparer.
-D'accord. Tout va bien, t'es sûre ?
-T'en fais pas pour moi.
-Je t'embrasse, je te rappelle ce soir, ok ?
-Oui.
-Passe une bonne journée.
-... Chéri ?
-Oui ma belle?
-... Je t'aime.
-... Tu me manque. A bientôt ma puce. »

vendredi 24 février 2012

Final Flamboyant

 Première nouvelle que je poste ici: Celle rédigée pour le concours de nouvelles de Marine, ayant pour thème "Zerstören."




Paris, Mai 2015.

« - Les mecs ?
- Oui?
- Je suis content d'être là ce soir. Avec vous. Je suis content d'avoir vécu tout ça avec vous.
- Ce n'est pas la semaine prochaine le moment émotion avec larmes et embrassades ?
- Je vois que ta sensibilité n'a rien perdu de sa réputation.
- Tu me connais.
- Ouais. »

Chacun de nous nous miment à sourire. Pourquoi ? Nous ne le savions pas trop. Un sentiment de nostalgie grandissait dans notre poitrine en même temps qu'une impression de plénitude. Nous étions heureux. Heureux d'être là, ensemble. Ce groupe de six que rien, en plus de 20 ans, n'avait réussi à détruire. Oui, il y avait eu des moments difficiles... mais ils faisaient partie du passé.
En ce jour, nous vivions au présent... Et notre coeur était tourné vers l'avenir.
Ce soir était la dernière nuit de Rammstein à l'étranger. Bien que Paris ne fût plus vraiment une ville étrangère à nos yeux, nous ne pouvions nous empêcher de penser que cette soirée marquait une petite fin à nos vies.
Le lendemain, nous rentrerions chez nous. La dernière date de la tournée serait dans une semaine à Berlin. Nous allions nous séparer là où tout avait commencé.
Bien sûr, il y avait eu des moments merveilleux et ça allait nous manquer, et bien sûr le retour à une vie normale après ça allait paraître étrange et difficile... mais nous en avions tous besoin. C'est ce à quoi nous aspirions désormais. Rammstein avait fait son temps, nous devions désormais tourner la page et vivre une autre vie... celle qui nous attendait sagement depuis des années.

« Tu as des nouvelles d'Arielle ?
- Toujours pas non. Et toi, de Gina ?
- Pas depuis avant-hier non plus. Et vous ? Des nouvelles de vos femmes ?
- Pas un mot depuis hier soir.
- J'ai eu Juna ce matin au téléphone. Mais rien de spécial... Pourquoi ? Vous pensez toujours qu'elles nous préparent quelque chose ?
- Ca ne m'étonnerait pas d'elles à vrai dire. Et je pense que les jeunes sont dans le coup aussi. Khira est bizarre ces derniers jours.
- Oui, Ern aussi, je lui ai parlé il y a quelques jours, j'ai l'impression qu'il me cachait quelque chose. Ca pourrait être sympa... Je veux dire, pour clore Rammstein en beauté, peut-être qu'ils organisent une fête qui réunisse nos familles une dernière fois.
- Pourquoi pas...
- J'imaginais plus... je ne sais pas, une surprise à Berlin, par exemple qu'ils viennent tous pour le « very last one »...
- Oui, ou... qu'ils nous rejoignent ici. Ils savent qu'on est coincé en France jusqu'à la dédicace de mardi et qu'on ne fera rien entre temps. Et surtout, on est à Paris. Les nanas sont folles de Paris.
- Tu marques un point.
- Ou alors ils ne feront rien du tout.
- Possible ...
- On verra bien... »

Nous continuâmes à  nous préparer pour le show, et bientôt toute parole devint difficilement supportable. Cela faisait quelques années qu'il en était ainsi : avant le concert nous passions près d'une demi-heure sans nous parler. Nous nous concentrions sur nos tenues, nos maquillages, nos coiffures, nos instruments préalablement installés dans nos loges. Puis, quand nous avions terminés, nous nous réunissions dans une pièce commune et écoutions la dernière chanson du groupe de première partie en sentant la tension monter. C'était une bonne tension, celle qui était nécessaire. Un peu de trac était toujours le bienvenu. Monter sur scène sans appréhension, c'était monter sur scène sans passion, sans la volonté absolue de vendre du rêve à ceux venus pour nous acclamer. Et nous ne voulions pas ça.

En général ce moment était celui où les membres du staff qui nous connaissaient bien venaient nous souhaiter un bon concert. Notre manager ne tarda d'ailleurs pas à faire son entrée.
« Les gars... La France compte sur vous. Donnez tout ce que vous avez. »
Nous le regardâmes d'un air inintéressé. Il n'insista pas et repartit, l'allure pressé.

« Celui-là au moins, il ne me manquera pas.
- Il ne faut pas dire ça...
- Pourtant je le dis. Emu était mille fois mieux que ce type.
- Emu a déconné plus d'une fois.
- Mais il savait ce qui était bien pour nous.
- Il se servait de nous.
- Et sans lui nous ne serions pas là.
- Ca ne sert à rien d'avoir ce débat là une fois de plus. Je crois qu'on a déjà fait le tour de la question.
- Où est Jacob ? Je pensais qu'il passerait nous voir avant le concert.
- Quelle heure est-il ?
- 8h55.
- Ca va être à nous.
- Richard, tu sers ? »

Une fois les six verres remplis de Tequila (une fois n'est pas coutume, Schneider aussi eut un shooter), nous trinquâmes à ce dernier show et bûmes d'une traite cette boisson du courage.
Sans nous regarder, nous sortîmes alors de la salle et nous dirigeâmes vers la scène, quand Richard, en tête du groupe, se figea soudain en voyant à sa gauche un tableau qui lui fit comme une boule au coeur.
« Jacob ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ? »

Jacob Hellner, notre producteur et ami de longue date dont nous avions attendu les encouragements quelques minutes auparavant, s'était isolé dans une petite pièce sombre non loin du couloir principal. Son visage habituellement plein de vie était éteint,  il tenait son portable dans la main et ses joues étaient baignées de larmes.
A la suite du guitariste, nous entrâmes tous dans cette salle obscure, et Jacob mit un certain temps avant de s'apercevoir de notre présence. Ses yeux devenus rouge sang par un chagrin dont nous ignorions la nature s'agrandirent en nous voyant arriver et fuirent, terrifiés devant nos regards. Richard répéta sa question.

« Rien... rien, chuchota-t-il sans conviction.
- Jacob, enfin... On ne t'a jamais vu comme ça, qu'est-ce qu'il t'arrive ?
- C'est...  C'est l'heure de votre concert, allez-y vite.
- Mais enfin...
- Nous en parlerons plus tard. Plus tard... après le concert.
- Tu es sûr ? »

Nous étions un peu perturbés, il est vrai. Cet homme qui était notre ami n'avait jamais pleuré devant nous. Il était d'une force de caractère rare, capable de beaucoup de choses et en particulier de mettre ses sentiments de côté pour le bien de ses projets. Mais ce soir, le monde semblait s'être abattu sur ses épaules.
Il regarda son téléphone au creux de sa main et ses larmes se remirent à couler. Il gémit, abattu, et supplia presque :
« Allez-y. Le public vous attend. »

Till s'avança vers lui machinalement, mais Schneider le bloqua.
« Il a raison. Nous avons un concert à assurer. »
S'en suivit un silence de plomb et un échange de regards. Nous avions compris que la raison du désarroi de Jacob pouvait également nous affecter, non seulement nous, mais également notre show.
Till recula et sortit le premier de la pièce. Olli le suivit, puis Schneider, Flake, Richard, et moi en dernier.

Tout mot fut inutile avant de monter sur scène, nous savions que la seule chose que nous avions à faire était d'oublier ce que nous venions de voir, et respecter ce que l'on s'était dit une heure auparavant : Offrir à nos fans du Rammstein digne d'eux.

Notre entrée sur cette tournée n'était pas la meilleure que nous ayons eue au cours de nos différentes mises en scène, mais elle avait le mérite d'être simple et efficace.
Derrière le rideau noir, les premières notes de Mein Herz brennt s'échappèrent de nos instruments et la foule en délire hurla comme un nouveau né. Lorsque Till commença à chanter, des flammes vinrent danser sur le rideau, formant une gigantesque réplique de notre célèbre logo. Till, alors muni d'un lance-flamme, trancha net le haut du voile qui tomba en cendres sur scène au moment où la musique s'emballa.
Nous étions désormais face à la foule, et l'adrénaline finit d'envahir le sang qui coulait dans nos veines.

La salle de Bercy nous était devenue familière, mais l'ambiance qui y régnait était extraordinaire. Nous n'étions pas face à des amateurs de metal, nous étions face à des fans absolus de notre groupe, comme si nos plus grands fans avaient étés sélectionnés pour venir participer à ce show. Chaque centimètre carré de la salle était en mouvement, fosse ou gradin, à gauche, à droite, au fond de la fosse comme au premier rang, chaque individu connaissait l'ampleur de cette soirée, et chacun voulait en garder un souvenir impérissable.
Le regard de Till, habituellement focalisé sur les ingénieurs du son, s'envola vers la foule uniforme et bruyante qui lui faisait face.
Nous n'eûmes pas de mal à oublier Jacob.

Face à tous ces fans, nous nous laissâmes envahir par la musique, l'ambiance, et nous savions alors que nous étions en train de passer une des plus belles soirées de notre vie. Nos pensées se dirigèrent naturellement vers les personnes que nous aimions et avec qui nous aurions volontiers partagé ce moment : notre famille, nos femmes... Que nous allions bientôt retrouver, pour ne plus quitter. Cette pensée, simple et belle, finit de combler notre euphorie et la soirée devint parfaite. Sans doute trop parfaite.

Mein Herz brennt s'acheva, puis vient la deuxième chanson, puis la troisième, toujours dans la même ambiance festive et bestiale, pleine d'entrain et d'amour... pour la quatrième chanson nous avions décidés de faire une surprise à notre public, et l'effet fut escompté lors des premières notes de Heirate mich.
Till, à genoux, leva alors les yeux vers ce qu'il avait en face de lui et rata son premier couplet.

Surpris par ce manque de rigueur inhabituel, nous improvisâmes un retour en arrière musical qui lui permit de se reprendre et de recommencer la chanson dès le début. Mais il semblait perturbé. Aux yeux de la foule, il était probablement le même qu'il avait toujours été, mais pour nous, il était différent, ailleurs. Ses yeux ne cessaient de revenir sur la sono, et son regard habituellement si confiant semblait plein de doute. Étant le plus enclin à m'en rendre compte, je regardai dans la même direction que lui et mon estomac  eut un raté. Je me retournai vers Olli et Schneider, et Flake perçu également mon signal. Chacun de nous dirigeâmes alors nos yeux puis vers ce qui se trouvait en dessus de la sono, dans les gradins : l'espace gardé pour les VIP. Un espace vide.
C'était la première fois que ces sièges n'étaient occupés par personne. Habituellement, quand la famille ou les amis ne pouvaient pas faire le déplacement, des membres du staff invitaient leurs propres proches, faisaient venir les créateurs de sites sur le groupe ou même des groupes de fans qui s'étaient fait connaitre sur le net. Mais jamais nous ne nous étions retrouvés avec autant de sièges vides. Encore moins dans un pays aussi proche du notre.

Nous avions à présent tous le regard tournés vers cette partie de la salle, et nos bras, nos mains, notre voix, jouaient et chantait machinalement des couplets appris par coeur au fil du temps et des représentations; mais notre esprit était ailleurs. Il oscillait entre cette espace vide et le souvenir soudain à nouveau très net de Jacob quelques minutes auparavant.
Quelque chose n'allait pas, quelque chose n'était pas normal. Mais il fallait continuer, faire fi de cette perturbation et assurer le concert comme nous nous l'étions promis.

Le dernier couplet arriva et nous enchainâmes sur l'incontournable Feuer Frei, au cours duquel nous tentâmes de laisser de côté nos interrogations et émotions et de nous concentrer uniquement sur le concert. Je raccrochai un sourire sur mes lèvres et plaisantai avec quelques jeunes filles du premier rang, tandis que Till donnait tout ce que sa voix était encore capable de produire. Lorsqu'il retourna hors scène pour rendre son masque de feu, il y resta cependant plus longtemps que d'habitude, et lorsqu'il revint enfin parmi nous ses yeux s'étaient embués de larmes ; mais il ne nous envoya aucun signal, son corps resta fier et droit, le regard dirigé vers un point inconnu, au dessus des gradins, par delà la foule.
Il rata le premier couplet de Benzin, mais ne s'en préoccupait guère. Statique, il semblait ne même plus se rendre compte que nous étions au beau milieu d'un concert. Il se laissait envahir par l'adrénaline que lui procurait la foule, mais au lieu de l'expulser dans une énergie folle comme il en avait l'habitude, il la digérait comme s'il comblait un immense vide intérieur.
Au bout de quelques minutes, les spectateurs commencèrent à s'impatienter, et nous à nous inquiéter de son attitude et de la fin de ce show.
Ne sachant que faire, Richard s'approcha de Till et lui murmura quelques mots. N'obtenant pas de réponses, il cessa de jouer et nous fîmes tous de même. Un silence d'incompréhension s'empara de la scène tandis que la foule hurlait à n'en plus pouvoir. Soudain, Till attrapa son micro et balança les premiers vers d'une chanson que nous n'avions jamais joué en live.
« Ein Flugzeug liegt im Abendwind... »

Automatiquement, nous reprîmes ce morceau  et l'accompagnâmes dans l'incompréhension générale. Ce fut seulement quand arriva le refrain que Till se retourna lentement face à nous et nous lança un regard que nous n'avions jamais vu chez lui. Il inspira profondément et porta le micro à ses lèvres pour nous dire ces mots que personne d'autre ne pouvait comprendre.
« Vous aviez raison. Ils voulaient nous faire une surprise. »

Le calme envahit à nouveau la salle et nous nous rendîmes compte que nous nous étions arrêtés de jouer.
L'information semblait avoir paralysé notre cerveau et nos membres avant même que nous ayons réellement compris ce que Till voulait dire. Ou peut-être simplement que nous refusions de comprendre. Mais seconde après seconde notre coeur se meurtrit en admettant que notre ami venait de nous annoncer une terrible vérité.
Alors, le lien sembla se faire dans nos consciences.
Nos familles qui nous préparaient quelque chose. Jacob en pleurs. Les chaises vides. Et l'histoire d'un avion prit par la tempête.

Le silence de mort perdura pendant des secondes, des minutes, un quart d'heure ? Le bruit de la foule ne nous parvenait plus, plus rien n'avait d'importance. Plus rien. Pas même nous. Nous n'étions plus que des carcasses vides incapables de penser, de parler, de bouger. Notre existence n'avait plus de sens, nous n'étions plus.
Dans nos esprits, des images, des visages nous hantèrent ainsi que des voix que nous n'entendrons plus. Je pensais à Arielle, à Emil, à Ern, à Lili, à tous ceux pour qui je vivais et qui ne vivaient plus. Grâce à eux j'étais devenu Paul, le Paul que mes proches connaissaient bien. Mais s'ils n'étaient plus, alors qui étais-je ?
Le monde s'écroula, ma tête se mit à tourner et ma vision se réduit à néant.
Mais comme à mes collègues, une dernière chose me faisait tenir debout : l'énergie que la foule dégageait. Une énergie si épaisse, si palpable, qu'elle semblait être la dernière chose qui restait sur cette terre.
Pourquoi ce qui nous faisait vivre était devenu aussi insignifiant que des fans dans une salle de concert ? Pourquoi fallait-il que nous continuions à exister juste pour eux ? C'était dénué de sens, injuste. C'était intolérable.


Puis un bruit. Puis deux. Un son répétitif. Un à un, nous levâmes tous nos yeux en direction de ce battement perpétuel : Schneider s'était mis à taper sur ses caisses. Ce n'était pas vraiment de la musique, mais il se défoulait, se débattait presque. De plus en plus rapidement, ses baguettes vinrent percuter sa batterie et soudain le début d'une de nos compositions vint prendre forme sous ses doigts. Zerstören.
 Alors, tous ensemble, nous attrapâmes nos instruments respectifs et l'accompagnâmes sur ce morceau qui collait de plus en plus à notre état d'esprit. Till s'éclipsa une fois de plus hors de la scène, mais revint rapidement les bras chargés de ses fidèles compagnons : ses trois lance-flammes. Il en distribua deux à Richard et moi qui abandonnâmes nos guitares, et s'en garda un qu'il regarda amoureusement.
Ces objets dans les mains, nous sentîmes naître la possibilité belle mais terrible de nous débarrasser de toute cette conscience qui nous paralysait et d'enfin laisser éclater cette folie libératrice que nous ne pouvions contenir plus longtemps. Notre souffle se fit plus rapide, le rythme de notre coeur s'affolait et notre bon sens s'était envolé. Nos visages se redressèrent et nos yeux se dilatèrent, pleurant presque d'excitation.

Nous, les trois acolytes du premier rang, dirigeâmes alors nos yeux vers la foule qui ne comprenait plus rien, pendant que les trois autres continuaient de jouer une version déchirée de Zerstören.

Richard, Till et moi n'eûmes pas besoin de se parler pour se donner le signal. Nous ouvrîmes le feu quasi simultanément, dirigeant les flammes dans les airs, puis de plus en plus bas...
Les vigiles s'écartèrent, effarés, mais cela ne fit qu'accroitre la folie qui nous gagnait un à un. Les flammes grandirent et allèrent toucher le premier rang.
Des cris commencèrent à s'élever de partout, une horde de personnel de la sécurité débarqua sur scène mais fut vite arrêté par le feu qui en crama quelques-uns. Plus personne n'osait bouger, seule la foule se mit à paniquer et à se tordre dans tous les sens, se grimpant et se marchant dessus en créant un chaos magnifique pour échapper à nos flammes.
Nous nous délections de ce spectacle. Nous riions de notre euphorie.

Il fallait frapper fort pour se sentir bien, frapper violemment pour respirer, frapper pour nous libérer des pensées néfastes et des mauvaises toxines qui nous brouillaient la tête.
Nous étions redevenus des animaux sauvages et nos armes étaient plus puissantes que celles de toutes ces fourmis dressées devant nous. Elles nous avaient aimés, elles allaient mourir pour nous.
Les torches humaines devinrent de plus en plus nombreuses dans les premiers rangs et les hurlements couvrirent bientôt la batterie de Schneider, qui redoubla d'intensité, encouragé par Flake et Olli toujours à ses côtés.

Et le show continua. Que se passa-t-il exactement ? Aucun de nous ne le savait vraiment. Seules de brèves images se frayaient un chemin jusqu'à notre cerveau.
Moi,  riant au visage effrayé de la fille à qui j'avais envoyé des sourires au début du concert, avant de diriger mon lance-flammes sur elle et de la regarder se consumer sous les yeux de ses amis.
Richard brûlant vif des membres de la sécurité qui souhaitaient faire cesser le feu.
Olli enflammant sa basse avant de s'en servir pour cogner le staff.
Till sautant dans la fosse et marchant sur des cadavres frais en séchant les larmes d'horreur de celles et ceux qui l'avaient adoré avec la chaleur mortelle de son arme.
Schneider sautant par-dessus sa batterie pour aller s'engouffrer derrière la scène chercher l'arc de Du riechst so gut.
Flake traversant la scène en courant et sautant sur la foule encore debout qui l'écrasa au sol et le piétina.
La fumée omniprésente aux quatre coins de Bercy. Les cris. L'horreur.

Notre bonheur.
Nous étions plus vivants que jamais.



Il était près de 23h quand la police arriva, suivie de près par les pompiers, la gendarmerie et les ambulances. La moitié de la salle s'était déjà éteinte. Il régnait une puanteur extrême qui commençait à nous faire suffoquer. Nous savions que c'était la fin.
Alors nous nous rejoignîmes au milieu des cadavres en regardant les forces de l'ordre se frayer un chemin jusqu'à nous. Je posai les yeux vers les corps chevelus qui jonchaient le sol à quelques centimètres de nous, et ris.
« Nous n'avons jamais été aussi proche de nos fans. »

A peine eu-je fini cette phrase qu'une larme se déversa sur ma joue pour atterrir dans le coin de mon sourire. Une larme suivie par une autre, puis une autre, puis par une quantité innombrable d'eau salée qui vint recouvrir mon visage. Olli m'entoura alors de ses bras, et Richard et Schneider vinrent silencieusement se faire une longue accolade qui trempa leurs dos dénudés.
« Où est Flake ? » Lança alors Till.

Son regard se perdit dans la fosse, et il eut à peine le temps d'apercevoir le corps sanglant et sans vie de notre ami que la police lui avait déjà attrapé les bras et menottés les poignets ; Tout comme elle l'avait fait avec Schneider, Richard et Olli.
Alors, dernier homme aux mains libres, je couru attraper mon lance-flammes resté sur scène en brûlant le gendarme qui avait tenté de m'en empêcher.
Je pris le flingue accroché au ceinturon de son cadavre fumant, et, tremblant, le pointa vers ma propre tête. Till hurla et tous les regards se tournèrent vers moi.

« Paul, ne fait pas ça !
- Mr Landers, posez cette arme.
- Ne bougez plus. »

Je ne savais pas exactement ce que je voulais faire, mais alors que je sentais les larmes continuer de rouler le long de mes joues, je savais ce qui me serait insupportable : vivre avec cette soirée sur la conscience. J'avais tout perdu ce soir et je ne comptais pas continuer à vivre juste pour le plaisir rester en vie. Je regardai mes amis, les mains prises et dont l'avenir semblait tout tracé : interrogatoires, jugement, confrontation avec les familles des victimes, honte, désespoir, prison à perpétuité... ou au mieux hôpital psychiatrique.
Et alors, me vint une idée. Une idée de partage. Je regardai le révolver que j'éloignai de ma tempe.
« C'est un six coups. »

Je pointai alors l'arme vers Till dont les yeux s'agrandirent sous la surprise, et tirai. L'homme s'abattu sur le sol en un bruit lourd, mais me sachant entouré d'agents des forces de l'ordre je ne m'attardai pas et pointai la visière vers Schneider, puis Olli, puis Richard. Tous tombèrent sans comprendre, délivrés de leurs consciences.
Il restait deux balles. Je dirigeai la première vers le corps inerte de mon plus vieil ami, qui se souleva sous le choc. La dernière balle était pour moi.
Je dirigeai alors le pointeur vers ma tempe et m’aperçus avec stupéfaction que personne n'avait réellement cherché à me retenir. Je jetai alors un dernier coup d'oeil vers mes amis, puis vers le ciel. J'embrassai ma main libre que je posai sur mon coeur, et murmurai.

« Je suis content d'avoir vécu tout ça avec vous.»

jeudi 23 février 2012

Bienvenue!

Bienvenue à tous, 

Ayant déjà un certain nombre de blogs hébergeant mes nouvelles ou fan-fictions, j'ai malgré tout décidé de céder enfin à cet étranger qui me faisait de l'oeil: Blogspot. 

Ici vous découvrirez ou re-découvrirez mes nouvelles sur Rammstein et sans doute un jour des nouvelles dont les personnages seront les purs fruits de mon imagination. Mais on n'en est pas encore là...

N'oubliez pas que les commentaires sont toujours les bienvenus. Si je mets mes écrits en ligne ce n'est pas pour faire parler de moi mais pour m'encourager, m'inciter à écrire et pas là j'entends également: pour me dire ce qui ne va pas avec mon style et pour que je puisse tenter de corriger mes erreurs et m'améliorer.

Je sais qu'il y a également certaines personnes qui me lisent mais qui ne commentent jamais. Ca parait logique au fond: quand on lit un bouquin on ne va pas envoyer un mail à l'auteur pour lui dire ce qu'on a pensé de son livre. Mais l'auteur, il est payé pour ça, et  il sait déjà ce qu'il vaut. Moi non, et ma paie pour tout le travail que je fournis, ce sont vos commentaires. Ils sont importants.

Bonne lecture,
Lindefrau