mardi 13 mars 2012

Bercy, 6 et 7 mars 2012.


A la base, je ne devais pas faire ces concerts. Quand la mise en vente des places pour le concert de Strasbourg à eu lieu, j’ai craqué mais je me disais que s’ils passaient à Paris ensuite, je n’irais pas.
Effectivement, quelques temps après les dates pour Bercy les 6 et 7 mars ont été confirmées, et avec, la certitude que parmi mes amies Rammsteiniennes je serais une des seules à ne pas faire ces dates là – mais je m’étais faite à l’idée. 
Après le show de Strasbourg le premier décembre 2011, je continuais à me dire que non, que j’avais vécu une fois de plus un super concert mais que désormais je devais me focaliser sur le fait de trouver un job et oublier un peu Rammstein et tout ce qui va avec. C’était sans compter mon esprit têtu et lunatique. Quand j’ai appris que des places allaient être remises en vente pour le 6 et 7 mars je n’ai même pas hésité une seconde et j’ai couru à la fnac la plus proche à 10h du matin. Je n’ai acheté qu’un billet pour le 6, me disant que si d’ici là j’avais trouvé un travail et que je ne pouvais pas aller au concert, je pourrais toujours le revendre. Par conséquent je n’avais pas trop mauvaise conscience.
Quelques semaines plus tard cependant, je n’avais toujours pas trouvé de boulot et je m’étais dis que cette année encore j’allais travailler au camping et que du coup j’aurais encore mon mois de mars pour faire ce concert – et éventuellement d’autres. Sauf que quand j’ai passé mon entretien à Poitiers et que j’ai été prise, une des premières choses auxquelles j’ai pensé est « merde, je ne pourrais pas aller voir Rammstein !! » Incorrigible…

Je me suis donc dis que si ma vie prenait un nouveau tournant, je tenterais quand même tant bien que mal de faire suivre mon fanatisme là où j’irais. Et c’est ce que j’ai fais. Deux semaines après mon arrivée à l’hôtel (où je travaille) j’ai demandé à ma chef si je pouvais avoir mon mardi 6, et éventuellement mon mercredi 7, au moins le matin pour pouvoir revenir de Paris tranquillement. Comme elle avait déjà fait les plannings, elle n’a pas voulu changer trop de choses et a simplement rajouté le 6 à mes jours de repos de la semaine alors qu’elle m’avait déjà donné le 7 et le 8. Par conséquent je me retrouvais donc avec 3 jours de repos pour les deux dates de Bercy. Une demi-heure plus tard j’avais déjà trouvé une place pour le 7 sur le net. Et j’étais euphorique.


A 4h30 du matin ce mardi 6-là, après environ 4h de sommeil, je me levai et commençais à réaliser… Que j’allais revoir les hommes de ma vie. Rammstein, ou le groupe qui agit sur moi comme un moteur électrique. Se lever en sachant qu’on va les voir en concert le soir même, c’est comme se lever en se disant qu’aujourd’hui on a un rencard avec l’homme qui nous fait vibrer depuis des mois tout en sachant que ça se finira au pieu. Rammstein en concert c’est 2h de jouissance.

Je suis arrivée dans la file de Bercy en même temps que Ludi, vers 8h50, et il y avait déjà du monde… pas mal de monde. Heureusement, Juliette et Elisabeth attendaient déjà depuis deux heures et on a pu avoir une meilleure place grâce à elle. La température de la foule était déjà différente de deux ans auparavant : je me souviens du 8 décembre 2009, il y avait moitié moins de monde à la même heure et personne ne rechignait à nous laisser passer pour qu’on rejoigne nos amis ; ce qui fut très différent mardi.
On a donc commencé à « s’installer » devant Bercy et à attendre… des heures… Les mecs qui attendaient avec nous me rappelaient le groupe de mecs de 2009 et je me suis dis que les clichés existaient bel et bien. Ages : plus ou moins le mien ; Mentalités : 16 ans ; Humour : bite et couilles. Bref, c’était loooooooooooong. Rajoutez à ça une pluie qui commence à tomber et un froid qui vous glace les mains et les pieds… Et on se sent terriblement con de faire partie de ce groupe de gens près à affronter tout ça pour avoir une bonne place pendant le show. Vers midi et demi quand la pluie devient plus forte je décide qu’il est temps de prendre une pause café bien méritée, et voilà que je quitte les rangs avec Ludi.
Nous voilà donc arrivée dans le café qui nous avait accueilli en 2009, sauf que cette fois-ci ils ne passent pas le Live aus Berlin… Mais le patron est sympa et il n’y a pas beaucoup de monde. Du coup, on mange, on boit (pas de café finalement, mais une Leffe pour moi) et ¾ d’heure plus tard voilà que Marine, sa mère, sa sœur, et Aurélie (enfin pour moi l’occasion de la rencontrer !) nous rejoignent pour boire un verre, mais le temps commence à presser et on ne reste pas longtemps avec elles, malheureusement. D’un autre côté, ce n’est jamais bien évident d’avoir des conversations « de filles » avec la famille de Marine à côté. Mais ce n’est que partie remise j’espère !
Sur le chemin du retour on croise Camille, une amie que j’avais rencontré lors du concert de Berlin et que j’avais revu à Strasbourg. C’est toujours plaisant de se dire que les concerts de Rammstein nous permettent de (re)voir certaines personnes qu’on apprécie.

On retourne donc dans la foule et le froid, plus en forme que le matin, on discute avec quelques personnes sympa rencontrées sur place, et le temps passe… lentement…mais il passe.
Arrive 18h15 et les portes finissent par s’ouvrir, du coup on court, et là on se retrouve face à l’organisation la plus pourrie de l’histoire de Bercy : il y a deux rangs de passage pour les mecs, et un pour les filles. De plus, le mec qui s’occupe du passage des filles a décidé de prendre tout son temps parce qu’il n’aime pas les gens qui poussent, même s’ils sont à 5 mètres. Alors il nous fait la morale le temps que les autres aient le temps de passer dans les autres rangs d’entrée et d’aller envahir la fosse de Bercy. Résultat : quand arrive notre tour d’entrer dans la salle de concert, le premier rang est déjà plein, et le deuxième est en phase de l’être. J’arrive quand même à trouver une place en face de Paul, à ma place habituelle, mais au deuxième rang, ce qui ne me plait pas du tout. En plus de ça j’ai perdu les autres filles de vue, je ferais donc le concert seule… ce n’étais pas vraiment ce que j’avais espéré. Mais soit. Je me fais à l’idée. Bercy se remplit pendant qu’une fois de plus, nous attendons. Je calle mon sac entre mes pieds et noue mon manteau autour de ma taille (oui, il était interdit de les poser sur les barrières… Ce que j’avais pourtant toujours fait jusqu’à présent…).

20h. Voilà Deathstars. Première chanson : j’ai une soudaine envie de tuer tout le monde. Le blond aux cheveux longs à ma droite semble sous extasy, il pogotte déjà comme si on était en plein refrain de DRSG, me défonçant l’épaule et me poussant contre ma voisine. Les chansons passent et j’ai l’impression d’être en plein sur une barrière metaleuse, à ma droite les chevelus bondissent dans tous les sens, à ma gauche les gens s’imprègnent doucement de la musique. Certains me regardent lutter avec mon voisin, et la fille de devant moi se retourne même pour me demander si ça va, ce à quoi je réponds bien évidemment « non, il va falloir que je change de place sinon je vais mourir ». Après Deathstars donc, je demande à ma voisine de gauche si je peux me décaler et aller plus vers le côté. Vu que ça la fait se rapprocher du centre de la scène, elle accepte avec un grand sourire. Je me décale donc (difficilement, ça va de soi) mais ne parviens jamais à trouver une bonne place d’où je vois la scène et où je pense que je serais tranquille pendant le show. Finalement j’arrive au milieu d’un groupe de gens plutôt cool mais je ne vois pas super bien la scène, et je ne sais pas… J’ai un mauvais pressentiment. Du coup, 5 minutes plus tard je finis par demander au vigile si je peux rejoindre les gradins, ce à quoi il répond bien évidemment « Non, ou alors il faut faire tout le tour ». Et traverser la fosse ? Et risquer de louper le début du show ? J’hésite. Je me dirige quand même sur le côté, et là, miracle !! Un trou d’environ 5m² avec presque personne et une bonne vue sur la scène. Je bouge plus.

Les lumières s’éteignent, Rammstein arrive…
Je me passerais de commentaires sur la prestation de Rammstein. D’une, il y a eu suffisamment de vidéos prises par des fans qu’on peut retrouver sur youtube, et de deux, Rammstein en live ça se vit, ça ne se raconte pas, sinon on ne serait que très loin de la réalité.
Tout ce que je peux dire, c’est qu’ils étaient en excellente forme. Paul était sans doute moins souriant que d’habitude mais c’était probablement le fait des caméras. Till était merveilleux et la fosse le lui rendait bien.

Je savais que Fruhling in Paris allait être jouée mais je ne savais pas à quel moment. À la place de Mutter ? Non… à la place d’ohne dich ? Non plus… Alors peut-être à la fin, en chanson supplémentaire ? A voir… c’est possible.
Voici venu la présumée dernière chanson, « Pussy ». Un mec qui sent l’alcool à plein narines me passe devant, je recule un peu histoire qu’il ne me gène pas mais il semble justement s’être mis là pour me faire chier… Rapidement, sa main va venir chercher la mienne et comme il ne me regarde pas je me dis connement qu’il doit m’avoir pris pour sa copine. Je lui rebalance sa main vers l’avant et il se retourne en balbutiant un petit « oh, sorry, sorry ». Soit. 10 secondes plus tard, il recommence. Je lui rebalance sa main et même scenario « sorry, sorry ». Je me dis qu’il est bourré et que dans la confusion il a encore du me prendre pour sa copine. Il me fait signe de venir plutôt devant lui et comme j’y verrais mieux ben j’accepte évidemment (surtout qu’à la base il était derrière moi). Sauf que là, il commence à poser ses mains sur mes hanches, sur mon ventre, sur mon épaule… et ça dure jusqu’à ce que Till monte sur son canon à mousse. Bien sur je me débats et lui gueule « stop !! » mais autant parler à un mur (bourré). A un moment il se calme mais quand la mousse surgit alors il vient carrément m’essuyer le visage et les cheveux par des gestes furtifs que je n’ai pas le temps d’éviter. Enfin, la fin de la chanson arrive et il finit par se calmer. Il faut croire que « Pussy » lui avait donné des idées.
Après les dernières notes, le groupe part de la scène mais les lumières de Bercy restent éteintes, or dans mes souvenirs dès la fin du concert les lumières devaient se rallumer, et la foule déguerpir. Alors je me dis que mon instinct avait eu raison et que voici Fruhling in Paris… Oli arrive avec sa basse, et la voix de Till, un brin perverse, fait vibrer tout le monde « Vous voulez encore une chanson ? Aller ! »

A la fin de la chanson, les lumières se rallument et la foule part, se déplaçant uniformément dans la même direction, comme une troupe de pingouins cherchant un point d’eau. Je retrouve Ludi et Elisabeth, qui on été évacuées de la fosse et qui se sont retrouvées tout derrière, et Juliette et Chloé, qui on eu la chance de « survivre au premier rang ». Il est 23h30, j’ai encore une heure de trajet pour rentrer chez ma cousine alors je ne traine pas et prends directement le chemin du métro.


Le mercredi 7 fut différent en beaucoup de points. Déjà, le fait de se réveiller directement à Paris à une heure raisonnable, avec ma cousine à mes côtés, est assez agréable, même si étant donné les circonstances et l’état de mon corps je serais bien restée allongée toute la journée. Vers midi pourtant je sors et prends le chemin du RER pour retourner du côté de Bercy, mais pas au palais omnisport : je vais en premier lieu profiter un peu de l’occasion d’être sur Paris pour aller voir une expo qui ouvre ses portes aujourd’hui : l’exposition sur Tim Burton à la cinémathèque. Malheureusement pour moi qui voulais profiter de cette sortie pour faire une activité « un peu plus au calme » qu’un concert de Rammstein, et bien je déchante vite : il y a beaucoup de monde et les parisiens ne sont pas franchement connus pour leur grande politesse – ni moi pour ma grande patience. L’expo est pleine à craquer et la vue de tout ce monde qui n’hésite pas à bousculer n’importe qui dans son chemin me met mal à l’aise. Je n’aime pas la foule, ça m’oppresse, ça m’énerve, surtout quand elle est aussi peu civilisée. Je me focalise donc sur les choses qui attirent moins de monde, et ça tombe bien étant donné que ce sont les choses que je préfère, moi. Mais en 45 minutes j’ai fais le tour de l’expo, un peu déçu d’avoir été aussi rapide, mais soulagée quelque part d’en avoir fini.
Je pars donc de la cinémathèque et rejoins Aurore dans la queue pour la fosse. On discute rapidement, le temps pour moi de la mettre en garde en lui racontant comment le concert de la veille s’est déroulé.

Je finis cependant par aller rejoindre les filles (Ludi, Juliette et Elisabeth) dans la foule des gradins, vers 14h. Et c’est reparti pour l’attente… la pluie ne va pas tarder à venir tremper nos vêtements et ternir nos humeurs, le temps se fait long, même si on est entre nous et qu’on s’entend bien, même si on se refait une pause café, même si on sait que ça en vaut la peine, il n’empêche que le temps est long jusqu’à l’ouverture des portes.

18h15 arrive enfin et les portes s’ouvrent pour nous laisser passer. On court en essayant de ne pas se casser la gueule (avec la pluie, j’ai un peu peur que ça glisse à l’intérieur) on dévale les marches et on se retrouve au premier rang en face de la petite scène. L’hystérie commence à ma gagner, je me rends compte que je vais savourer ce concert d’un œil neuf, avec une place inhabituelle mais magnifique. On peut s’assoir, déposer nos affaires devant nous, laisser nos manteaux sur nos sièges. Personne ne nous gène et quoi que l’on fasse on a la certitude que notre vision de la scène sera parfaite en toute circonstance. On sait également que l’on vivra ce concert sans bousculades, sans odeur de transpiration, avec une totale liberté de mouvement… On peut également sortir pour aller aux toilettes, ou même aller au merchandising (deux T-Shirt en plus dans ma garde robe) sans être dépassé par la foule. C’est tellement agréable !

On retourne à nos places et Deathstars arrive. On regarde le groupe, tranquillement assises à nos places, et j’apprécie leur prestation bien plus que la veille.
 Entre les deux groupes, avec Ludi nous nous focalisons sur la zone « VIP » en face de nous de l’autre côté des gradins, de là où on est évidemment il est impossible de dire qui est qui, mais on tente quand même… Tiens, elle n’est pas rousse celle-là ? Ce ne serait pas la femme à Paul ? Et celle-ci, ne serait-ce pas Khira ?

21h arrive et nous avons une vue imprenable sur le groupe qui descend des gradins en face de nous, Oli en tête avec sa torche enflammée. Tout comme la veille, des frissons me parcourent le corps à la vue de ces 6 hommes qui viennent attendre sagement que la petite scène sur laquelle ils se tiennent, à quelques mètres pile en face de nous, se lève pour aller rejoindre la passerelle.
Ils sont magnifiques.
Plus le concert avance et plus je me rends compte d’une chose : autre que la situation physique dans laquelle je me trouve, il y a une chose qui diffère dans ce concert par rapport à d’habitude : ma vision du groupe. Pour la première fois, je savoure ce concert pour ce qu’il est, sans me focaliser sur les sourires de Paul ou sur le regard de Till. Je regarde la scène et observe chaque membre avec autant d’intensité (bon… Ok… Till plus que les autres), je me laisse envahir par la musique et l’ambiance, je regarde la fosse qui s’étend à nos pieds et qui bouge en rythme, répondant aux appels de Till sans se faire prier. Cette ambiance collective est incroyable, elle me rend encore plus hystérique que lors de mes concerts précédents.

Lors de Haifisch, Je scrute l’arrivée de Richard sur la petite scène puisque je m’étais toujours demandé comment il arrivait là sans créer l’hystérie générale. En fait, une horde d’agents de la sécurité va le chercher au pied des gradins, lui donne une longue veste à capuche qu’il enfile afin qu’on ne puisse pas le reconnaitre, et il traverse ainsi la fosse, bien entouré et encapuchonné, jusqu’à la petite scène où il se dévêtit (pas entièrement !) à la fin de Haifisch.
C’est la première fois en 5 concerts que j’ai une aussi bonne vue sur lui, et je dois dire que j’adore sa nouvelle coiffure !! Et son corps… enfin bref, j’ai bien bavé quoi.
Viennent Bück dich, Mann gegen Mann et Ohne dich, toujours aussi plaisant à regarder avec cette vue imprenable. Puis ils s’en vont, retraversent la passerelle et saluent en disant qu’ils nous aiment et merci, merci merci merci merci… J’ai toujours le sourire aux oreilles en y repensant une semaine après.
Bien sûr ils reviennent après pour les autres chansons, et c’est au début de Ich will que Till lâche son fameux « suce ma bite », pas très classe, certes, mais de sa part tout devient extrêmement jouissif et je ris en pensant qu’il a certainement du apprendre cette expression dans la journée en se disant « tiens, je vais la sortir pour le concert de ce soir ça sera cool ! »
Le concert s’achève avec d’autres mots français sortis de la bouche de Till ; le « vous voulez encore une chanson ? » de la veille devient « Vous voulez… une chanson de plus ? Bon… D’accord. » comme un enfant hésitant. Bon Dieu ce que j’aime ce type.

Le show se termine et nous ne sommes pas pressées de remonter à l’extérieur du POPB, on reste donc à attendre que la foule s’atténue et on s’amuse à observer le visage des gens de la fosse après le concert. Vers la fin de rangs, avec les membres du staff, on remarque Jonas Akerlund et ses longs cheveux bruns qui se balade l’air de rien.

On fini par remonter et ressortir à l’air frais. Après un peu d’attente pour revoir Aurore, on retrouve le chemin du métro et notre groupe de 4 se sépare là.
Jusqu’au prochain concert…

samedi 3 mars 2012

Amour, Amour...

Voici une nouvelle que j'ai écrite il y a bien longtemps et que j'ai mise en ligne il y a peu sur mon autre blog.




"Réveilles-toi. Réveilles-toi et lèves-toi Victorja. La vie n'est pas si mauvaise et il faut que tu sortes tes fesses de ton lit si tu ne veux pas moisir sous la dépression.
- La vie est une pute. La vie est une salope, une trainée, et elle m'a bien baisée. Avec mon consentement, s'il te plait! Comment j'ai pu croire... comment j'ai pu penser une seconde que...?
- Arrêtes, n'y penses plus. Tu te fais du mal pour rien. Rien n'a changé, sauf ta perception des choses..."


C'est dur. C'est dur un réveil rythmé par un dialogue intérieur qui n'en finit pas. C'est dur de ne plus savoir quoi penser, dur de se rendre compte que l'on s'était trompé sur un sujet que l'on croyait bien connaitre. Ou que l'on voulait croire bien connaitre. J'ai été naïve, je sais. Stupide. Ce n'est pas vraiment étonnant mais la naïveté est souvent mise en relation avec la stupidité. Parce que bien souvent la naïveté est un défaut que l'on se créé pour fermer les yeux sur des évènements que l'on pourrait que trop voir venir. C'est ce que j'ai fait. J'ai voulu fermer les yeux pour goûter au bonheur simple sans me poser de questions. Un peu comme dans ces publicités où un mannequin mange une glace en fermant les yeux et se léchant les lèvres. Elle pourrait manger la sous-sous-sous-marque de cette merde que ça serait pareil: elle ferme les yeux, donc elle veut y croire, donc elle pense qu'elle y croit.

Ma vie, c'est cette pub. Je suis la pimbêche aveugle, et mon cornet de glace à moi, c'est un homme.
Non; pas "un" homme, mais "l'homme". Celui dont toutes les femmes peuvent rêver. Un être au cœur tendre mais à la carrure d'acier. Quelqu'un qui peut être aussi bestial et sauvage que doux et romantique. Un homme qui se dévoile petit-à-petit, écartant sa pudeur comme on écarte le rideau d'une scène de cinéma. Alors, quand on le sent en confiance, quand on le voit nous dire des choses tendres, des choses qui viennent du cœur, quand il vous regarde avec ses yeux de berger allemand qui viendrait se frotter à vous, quand il vous enlace dans ses bras chauds pour vous murmurer que vous lui avez manqué, alors, à ce moment-là, vous pensez que vous aussi, vous êtes unique.

Puis un jour, dans ses peu nombreuses confidences, il vous avoue sans fierté que lui et la fidélité n'ont jamais fait bon ménage. Vous voyez son air penaud, désolé, et sans même qu'il ait besoin de le dire vous vous imaginez sa voix vous promettre que cette fois-ci, puisqu'il est avec vous, il essaiera. Et stupidement, au mieux d'être effrayée par ce genre de déclaration, vous êtes flattée. Flattée qu'il vous confie ces choses aussi peu avouables. Vous vous dites que de ce fait, il vous voit comme un tournant dans sa vie, comme la personne qui peut le faire changer.
Vous vous dites que de toutes les femmes qu'il a connu, vous êtes la première à qui il fait cet effet. La première à qui il dit ça. Vous vous dites toutes ces choses sans vous rendre compte de ce que vous vous cachez. Votre fausse naïveté a pris le dessus; ce qu'il vous dit ne vous suffit pas, pour être heureuse il vous faut croire, lire entre les lignes des choses qui n'existent que pour vous.

Vous savez une chose de par votre expérience personnelle: l'amour, sans la confiance en l'être aimé, n'est qu'une chose blessante et destructrice. Vous ne voulez pas vivre ça. Alors, aveuglément, vous faite confiance: parce que c'est trop tard, vous êtes en train de tomber amoureuse.
Quel bonheur d'avoir des sentiments pour cette personne si spéciale qui vous regarde avec des yeux tendres.
Quel bonheur de se sentir aimée.

Devant le regard de mon homme j'aurais pu faire n'importe quoi. Je ne le lui ai jamais dit, je suis bien trop pudique et les déclarations enflammées ne sont pas mon fort. Et puis cela ne fait que quelques moins que l'on se fréquente... il aurait pu prendre peur lui aussi.
Voilà que je me remets à penser à lui d'une manière tendre... Comme si tout ceci ne changeait rien. Comme si je n'avais pas à reconsidérer l'affection qu'il me porte et sa sincérité.
Peut-on aimer et haïr à la fois?
Vous savez le pire dans cette histoire? C'est que la personne que je déteste le plus en ce moment même ce n'est pas lui: c'est moi. Je me déteste pour m'être cachée l'évidence. Je me déteste pour avoir voulu stupidement jouer à la naïve.


Hier matin, comme tous les matins, j'ai appelé mon homme avant de partir au travail. Cela faisait 15 jours que l'on ne s'était pas vus: ma routine berlinoise ne colle pas vraiment avec sa tournée actuelle. Mon homme fait partit d'un groupe de musique.
A plus de 1000km l'un de l'autres, la seule relation que l'on peut avoir c'est deux coups de fil par jour: un le matin, avant mon travail, et un le soir avant son entrée sur scène.
Hier matin, sa voix était froide et distante... hier soir il n'a pas décroché à mon appel, à 18h tapantes.

Je sais que je n'aurais pas du réagir comme ça... mais qui aurait fait mieux à ma place? La jalousie a pris le dessus, j'ai allumé mon ordinateur et me suis précipitée sur le fan-site tchèque de leur groupe. La République Tchèque, c'est là où le groupe passe en ce moment. Après quelques recherches et quelques traductions via Google, je suis tombée sur ce que je cherchais: des photos de fans. Des jolies et jeunes fans pour être plus précise. Des filles de 10 à 15 ans de moins que moi, qui posaient à moitié seins nus à côté de mon homme dont le regard se plongeait dans leur décolleté et dont la main baladeuse venait se poser sur leur chute de reins... et son sourire, ah, ce sourire que je connais si bien... Je croyais qu'il ne la réservait qu'à moi, cette expression coquine de l'homme prêt à dégainer son attirail.

Rien qu'avec les photos j'avais compris, mais la conversation écrite qui suivait m'a confirmé ce que je redoutais. Une jeune fille dont le pseudo "Xfanz" me bourdonne encore le cerveau, relatait les évènements de la veille. D'après ce que j'ai compris, c'était la brunettes aux mèches rouges er dorées et qui tenait mon homme par les hanches sur les photos. Et selon elle, elle aurait touché plus que ses hanches... inutile de rentrer dans les détails, je sais ce qu'il s'est passé.
J'aurais pu ne pas la croire, j'aurais pu choisir de penser que cette fille mentait pour se donner de l'importance, mais non, un détail de son bref récit n'est pas à écarter: elle a vu la cicatrice que mon homme a sur le haut de sa cuisse. Une cicatrice mince dont il m'a toujours tut l'origine. Mais elle est là, réelle, et "Xfanz" l'a vue.


Et d'un coup, le monde que je m'étais créé s'est effondré. J'ai été forcée d'ouvrir les yeux, de revoir à la baisse l'estime que j'avais de mon couple. Mon homme n'est pas l'homme parfait, et je ne suis pas pour lui l'Unique qui le fera changer. Je suis comme toutes les autres femmes qu'il a eu... je suis un numéro sur la liste de ses "officielles".
J'aimerais savoir que la culpabilité le ronge, j'aimerais pouvoir me dire que c'est à moi qu'il pensait toutes ces fois où il a pu me tromper. Mais je n'y crois pas. Cela fait bien trop longtemps qu'il est ami avec l'infidélité, bien trop longtemps qu'il ne réfléchit pas avant de planter son arme dans n'importe  quelle post-pubère qui passe.

Et voilà comme soudain, les mois passés avec lui me semblent faux. Tout est à reconsidérer. Pourtant je sais, je sais qu'il ne m'a jamais menti, qu'il ne m'a pas caché son infidélité quasi-maladive, que les moments qu'il passait avec moi il se montrait pleinement lui-même. Il reste une chose chez lui en laquelle je crois: il ne peut pas se montrer hypocrite. Il ne sait pas mentir. Quand il est heureux, il le montre, quand il est en colère il ne le cache pas non plus.

Il ne m'a jamais dit qu'il m'aimait, mais ce n'est pas quelque chose qui me manquait jusque là, le regard qu'il pose sur moi me suffisait à être certaine de ses sentiments à mon égard.
Moi non plus je ne les lui ai jamais dits, ces trois petits mots. Il connait l'affection que je lui porte, il sait comment je le considère. Et puis, je n'étais pas sûre de pouvoir les dire. Je veux que ces mots restent magiques, je ne veux pas les prononcer à la légère. Jusqu'à présent, je n'ai dit qu'à deux hommes que je les aimais. Je ne regrette pas de le leur avoir dit puisque je le pensais, mais j'ai attendu d'être certaine de mes sentiments avant de le leur avouer.


Il y a quelque chose qui ne trompe pas avec moi: quand j'aime je deviens stupide. Hier, la naïveté a disparu mais la stupidité est restée. Pourquoi? Tout simplement parce que je n'arrive pas à lui en vouloir. J'ai été rageuse, haineuse, toute la soirée d'hier après ma découverte; mon homme a tenté de m'appeler à deux reprises, comme la coutume veut qu'on se téléphone tous les soirs. Je n'ai pas décroché, je ne voulais pas craquer, je ne voulais pas l'insulter, parce que selon moi, même si l'infidélité est une tare sans nom, c'est moi qui ai fauté. Je lui ai accordé ma confiance en reniant ce qu'il m'avait dit.

Voilà, je sais, je deviens stupide. Il m'a trompé et c'est moi qui m'en veux. Cette idiotie ne signifie qu'une seule chose pour moi : une énorme et malheureuse chose.


Je me passe les mains sur le visage. Il faut que je me lève. Il faut que j'aille travailler. Je dois me ressaisir.
Je jette un coup d'œil à mon réveil : 7h25. Déjà dix minutes que je traine... impossible de faire face.
Mon téléphone sonne, mon cœur se serre... je sais qui c'est, même s'il est en avance par rapport à d'habitude.
Je fini par tendre le bras et attraper mon Iphone, sur lequel son nom est affiché.


«  Vic ? Ca va ma puce ?
-... Un peu fatiguée... je suis encore au lit.
-Fais attention à ne pas être en retard... qu'est-ce qu'il t'arrive ? Tout va bien ?
-... Oui oui... ça va. Ne t'inquiète pas.
-Bon. T'étais où hier soir ? J'ai essayé de t'appeler ...
-Oui, je sais.  J'étais... j'étais avec Karine. Elle est repartie tard, elle n'allait pas très bien.
-Ah, d'accord.
-Comment ça se passe pour toi là-bas ?
-Oh, bien. On enchaine les bons concerts en ce moment, tout se passe relativement bien. Bons accueils... la routine quoi.
-Ah ... Elles sont comment les tchèques ?
-Euh... plutôt fêtardes.
-Jolies ?
-Oui. Hahaha tu ne serais pas en train de devenir jalouse ?
-...
-Victorja ?
-...
-Vic, même si ces filles sont jolies tu sais elles n'ont pas un dixième de l'intérêt que tu as à mes yeux.
-Il faut que je te laisse... Je dois aller me préparer.
-D'accord. Tout va bien, t'es sûre ?
-T'en fais pas pour moi.
-Je t'embrasse, je te rappelle ce soir, ok ?
-Oui.
-Passe une bonne journée.
-... Chéri ?
-Oui ma belle?
-... Je t'aime.
-... Tu me manque. A bientôt ma puce. »