Voici une nouvelle que j'ai écrite il y a bien longtemps et que j'ai mise en ligne il y a peu sur mon autre blog.
"Réveilles-toi. Réveilles-toi et lèves-toi Victorja. La vie n'est pas si mauvaise et il faut que tu sortes tes fesses de ton lit si tu ne veux pas moisir sous la dépression.
- La vie est une pute. La vie est une salope, une trainée, et elle m'a bien baisée. Avec mon consentement, s'il te plait! Comment j'ai pu croire... comment j'ai pu penser une seconde que...?
- Arrêtes, n'y penses plus. Tu te fais du mal pour rien. Rien n'a changé, sauf ta perception des choses..."
C'est dur. C'est dur un réveil rythmé par un dialogue intérieur qui n'en finit pas. C'est dur de ne plus savoir quoi penser, dur de se rendre compte que l'on s'était trompé sur un sujet que l'on croyait bien connaitre. Ou que l'on voulait croire bien connaitre. J'ai été naïve, je sais. Stupide. Ce n'est pas vraiment étonnant mais la naïveté est souvent mise en relation avec la stupidité. Parce que bien souvent la naïveté est un défaut que l'on se créé pour fermer les yeux sur des évènements que l'on pourrait que trop voir venir. C'est ce que j'ai fait. J'ai voulu fermer les yeux pour goûter au bonheur simple sans me poser de questions. Un peu comme dans ces publicités où un mannequin mange une glace en fermant les yeux et se léchant les lèvres. Elle pourrait manger la sous-sous-sous-marque de cette merde que ça serait pareil: elle ferme les yeux, donc elle veut y croire, donc elle pense qu'elle y croit.
Ma vie, c'est cette pub. Je suis la pimbêche aveugle, et mon cornet de glace à moi, c'est un homme.
Non; pas "un" homme, mais "l'homme". Celui dont toutes les femmes peuvent rêver. Un être au cœur tendre mais à la carrure d'acier. Quelqu'un qui peut être aussi bestial et sauvage que doux et romantique. Un homme qui se dévoile petit-à-petit, écartant sa pudeur comme on écarte le rideau d'une scène de cinéma. Alors, quand on le sent en confiance, quand on le voit nous dire des choses tendres, des choses qui viennent du cœur, quand il vous regarde avec ses yeux de berger allemand qui viendrait se frotter à vous, quand il vous enlace dans ses bras chauds pour vous murmurer que vous lui avez manqué, alors, à ce moment-là, vous pensez que vous aussi, vous êtes unique.
Puis un jour, dans ses peu nombreuses confidences, il vous avoue sans fierté que lui et la fidélité n'ont jamais fait bon ménage. Vous voyez son air penaud, désolé, et sans même qu'il ait besoin de le dire vous vous imaginez sa voix vous promettre que cette fois-ci, puisqu'il est avec vous, il essaiera. Et stupidement, au mieux d'être effrayée par ce genre de déclaration, vous êtes flattée. Flattée qu'il vous confie ces choses aussi peu avouables. Vous vous dites que de ce fait, il vous voit comme un tournant dans sa vie, comme la personne qui peut le faire changer.
Vous vous dites que de toutes les femmes qu'il a connu, vous êtes la première à qui il fait cet effet. La première à qui il dit ça. Vous vous dites toutes ces choses sans vous rendre compte de ce que vous vous cachez. Votre fausse naïveté a pris le dessus; ce qu'il vous dit ne vous suffit pas, pour être heureuse il vous faut croire, lire entre les lignes des choses qui n'existent que pour vous.
Vous savez une chose de par votre expérience personnelle: l'amour, sans la confiance en l'être aimé, n'est qu'une chose blessante et destructrice. Vous ne voulez pas vivre ça. Alors, aveuglément, vous faite confiance: parce que c'est trop tard, vous êtes en train de tomber amoureuse.
Quel bonheur d'avoir des sentiments pour cette personne si spéciale qui vous regarde avec des yeux tendres.
Quel bonheur de se sentir aimée.
Devant le regard de mon homme j'aurais pu faire n'importe quoi. Je ne le lui ai jamais dit, je suis bien trop pudique et les déclarations enflammées ne sont pas mon fort. Et puis cela ne fait que quelques moins que l'on se fréquente... il aurait pu prendre peur lui aussi.
Voilà que je me remets à penser à lui d'une manière tendre... Comme si tout ceci ne changeait rien. Comme si je n'avais pas à reconsidérer l'affection qu'il me porte et sa sincérité.
Peut-on aimer et haïr à la fois?
Vous savez le pire dans cette histoire? C'est que la personne que je déteste le plus en ce moment même ce n'est pas lui: c'est moi. Je me déteste pour m'être cachée l'évidence. Je me déteste pour avoir voulu stupidement jouer à la naïve.
Hier matin, comme tous les matins, j'ai appelé mon homme avant de partir au travail. Cela faisait 15 jours que l'on ne s'était pas vus: ma routine berlinoise ne colle pas vraiment avec sa tournée actuelle. Mon homme fait partit d'un groupe de musique.
A plus de 1000km l'un de l'autres, la seule relation que l'on peut avoir c'est deux coups de fil par jour: un le matin, avant mon travail, et un le soir avant son entrée sur scène.
Hier matin, sa voix était froide et distante... hier soir il n'a pas décroché à mon appel, à 18h tapantes.
Je sais que je n'aurais pas du réagir comme ça... mais qui aurait fait mieux à ma place? La jalousie a pris le dessus, j'ai allumé mon ordinateur et me suis précipitée sur le fan-site tchèque de leur groupe. La République Tchèque, c'est là où le groupe passe en ce moment. Après quelques recherches et quelques traductions via Google, je suis tombée sur ce que je cherchais: des photos de fans. Des jolies et jeunes fans pour être plus précise. Des filles de 10 à 15 ans de moins que moi, qui posaient à moitié seins nus à côté de mon homme dont le regard se plongeait dans leur décolleté et dont la main baladeuse venait se poser sur leur chute de reins... et son sourire, ah, ce sourire que je connais si bien... Je croyais qu'il ne la réservait qu'à moi, cette expression coquine de l'homme prêt à dégainer son attirail.
Rien qu'avec les photos j'avais compris, mais la conversation écrite qui suivait m'a confirmé ce que je redoutais. Une jeune fille dont le pseudo "Xfanz" me bourdonne encore le cerveau, relatait les évènements de la veille. D'après ce que j'ai compris, c'était la brunettes aux mèches rouges er dorées et qui tenait mon homme par les hanches sur les photos. Et selon elle, elle aurait touché plus que ses hanches... inutile de rentrer dans les détails, je sais ce qu'il s'est passé.
J'aurais pu ne pas la croire, j'aurais pu choisir de penser que cette fille mentait pour se donner de l'importance, mais non, un détail de son bref récit n'est pas à écarter: elle a vu la cicatrice que mon homme a sur le haut de sa cuisse. Une cicatrice mince dont il m'a toujours tut l'origine. Mais elle est là, réelle, et "Xfanz" l'a vue.
Et d'un coup, le monde que je m'étais créé s'est effondré. J'ai été forcée d'ouvrir les yeux, de revoir à la baisse l'estime que j'avais de mon couple. Mon homme n'est pas l'homme parfait, et je ne suis pas pour lui l'Unique qui le fera changer. Je suis comme toutes les autres femmes qu'il a eu... je suis un numéro sur la liste de ses "officielles".
J'aimerais savoir que la culpabilité le ronge, j'aimerais pouvoir me dire que c'est à moi qu'il pensait toutes ces fois où il a pu me tromper. Mais je n'y crois pas. Cela fait bien trop longtemps qu'il est ami avec l'infidélité, bien trop longtemps qu'il ne réfléchit pas avant de planter son arme dans n'importe quelle post-pubère qui passe.
Et voilà comme soudain, les mois passés avec lui me semblent faux. Tout est à reconsidérer. Pourtant je sais, je sais qu'il ne m'a jamais menti, qu'il ne m'a pas caché son infidélité quasi-maladive, que les moments qu'il passait avec moi il se montrait pleinement lui-même. Il reste une chose chez lui en laquelle je crois: il ne peut pas se montrer hypocrite. Il ne sait pas mentir. Quand il est heureux, il le montre, quand il est en colère il ne le cache pas non plus.
Il ne m'a jamais dit qu'il m'aimait, mais ce n'est pas quelque chose qui me manquait jusque là, le regard qu'il pose sur moi me suffisait à être certaine de ses sentiments à mon égard.
Moi non plus je ne les lui ai jamais dits, ces trois petits mots. Il connait l'affection que je lui porte, il sait comment je le considère. Et puis, je n'étais pas sûre de pouvoir les dire. Je veux que ces mots restent magiques, je ne veux pas les prononcer à la légère. Jusqu'à présent, je n'ai dit qu'à deux hommes que je les aimais. Je ne regrette pas de le leur avoir dit puisque je le pensais, mais j'ai attendu d'être certaine de mes sentiments avant de le leur avouer.
Il y a quelque chose qui ne trompe pas avec moi: quand j'aime je deviens stupide. Hier, la naïveté a disparu mais la stupidité est restée. Pourquoi? Tout simplement parce que je n'arrive pas à lui en vouloir. J'ai été rageuse, haineuse, toute la soirée d'hier après ma découverte; mon homme a tenté de m'appeler à deux reprises, comme la coutume veut qu'on se téléphone tous les soirs. Je n'ai pas décroché, je ne voulais pas craquer, je ne voulais pas l'insulter, parce que selon moi, même si l'infidélité est une tare sans nom, c'est moi qui ai fauté. Je lui ai accordé ma confiance en reniant ce qu'il m'avait dit.
Voilà, je sais, je deviens stupide. Il m'a trompé et c'est moi qui m'en veux. Cette idiotie ne signifie qu'une seule chose pour moi : une énorme et malheureuse chose.
Je me passe les mains sur le visage. Il faut que je me lève. Il faut que j'aille travailler. Je dois me ressaisir.
Je jette un coup d'œil à mon réveil : 7h25. Déjà dix minutes que je traine... impossible de faire face.
Mon téléphone sonne, mon cœur se serre... je sais qui c'est, même s'il est en avance par rapport à d'habitude.
Je fini par tendre le bras et attraper mon Iphone, sur lequel son nom est affiché.
« Vic ? Ca va ma puce ?
-... Un peu fatiguée... je suis encore au lit.
-Fais attention à ne pas être en retard... qu'est-ce qu'il t'arrive ? Tout va bien ?
-... Oui oui... ça va. Ne t'inquiète pas.
-Bon. T'étais où hier soir ? J'ai essayé de t'appeler ...
-Oui, je sais. J'étais... j'étais avec Karine. Elle est repartie tard, elle n'allait pas très bien.
-Ah, d'accord.
-Comment ça se passe pour toi là-bas ?
-Oh, bien. On enchaine les bons concerts en ce moment, tout se passe relativement bien. Bons accueils... la routine quoi.
-Ah ... Elles sont comment les tchèques ?
-Euh... plutôt fêtardes.
-Jolies ?
-Oui. Hahaha tu ne serais pas en train de devenir jalouse ?
-...
-Victorja ?
-...
-Vic, même si ces filles sont jolies tu sais elles n'ont pas un dixième de l'intérêt que tu as à mes yeux.
-Il faut que je te laisse... Je dois aller me préparer.
-D'accord. Tout va bien, t'es sûre ?
-T'en fais pas pour moi.
-Je t'embrasse, je te rappelle ce soir, ok ?
-Oui.
-Passe une bonne journée.
-... Chéri ?
-Oui ma belle?
-... Je t'aime.
-... Tu me manque. A bientôt ma puce. »
Je me souviens de cette nouvelle. Sa lecture me trouble toujours autant car je me reconnais dans le personnage de Victorja. Cette naïveté ; cette stupidité ; le fait de vouloir fermer les yeux sur quelque chose tout en sachant pertinemment la vérité ... Cette nouvelle sent le vécu. Beaucoup de lecteurs peuvent s'identifier à travers elle, à mon avis. Aussi étrange que cela puisse paraître, j'ai de la peine pour ces deux personnages. Aimer sincèrement une personne sans pouvoir malheureusement s'empêcher de commettre des infidélités, c'est atroce. La culpabilité doit être décuplée à son maximum.
RépondreSupprimerUn grand bravo pour cet écrit très réaliste ! (:
Ah je ne m'en lasse pas...Je te l'ai déjà dit mais j'aime ce genre de nouvelles, brutes de réalisme, aussi troublantes soient elles...Je la relirai encore quelques fois je pense !
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